Le mot du jour : air

Dehors l’air est très, très frais. Un vent froid souffle fort. Ce n’est pas encore l’heure de sortir les petites robes… Bref.

L’R de rien. Quoi ? L’air de rien, j’ai déjà publié quatre-vingt-dix-neuf mots du jour. De quoi écrire un roman, peut-être ? Euh, pas si vite.
Celui-ci est le centième ! Je prends l’air à pleins poumons : Ah !
Eh oui. Je ne prolongerai pas trois semaines — non ? — pour tenir un tiers d’année comme me l’a suggéré mon esprit farfelu en cours de route. Farfelu, farfelu… Je m’en tiendrai à ce nombre rond. Et rond et rond petit patapon… L’exercice de persévérance a ses limites… Quand on a passé les bornes, il n’y en a plus. De limites.

Je crois que je ne réalise pas trop. Cent publications quotidiennes ? Oh ! Oui. Sans mot d’excuse pour un raté. Chapeau ! J’ai tenu la distance et mon cerveau commence à manquer sérieusement d’air. Mais non ! J’peux encore assurer, j’t’assure ! D’aération, je veux dire : depuis le temps qu’il turbine ! Va-t-il savoir s’arrêter sans ressentir un manque ? Je me demande… Pourtant, il a bien mérité de se mettre au repos. Une respiration. Une grande. Une bouffée d’oxygène. Ce qui serait bien ce serait de sortir prendre l’air, dès qu’il fera moins froid et plus ensoleillé.

Donc, voilà une dernière ouverture de mon Robert Historique, pour cette série.

AIR, nom masculin, est issu (XIIe siècle) du latin aer, à l’accusatif aerem, emprunt au grec aêr, aeros « vent » , puis « air » (→ aérer).

Dictionnaire historique de la langue française,
Le Robert

Je terminerais bien sur un air à fredonner… Oui, mais lequel ?
Un air dans la tête… Tiens, ce pourrait être une idée de thème.
Un air de jazz, au hasard ou au débotté… Un air qui swingue.
Un air de Gershwin ? Summertime, par exemple ;
Quelques notes de musique, trois petites notes… ;
Un air, ou deux du mois de mai  ;
Un air à la mode ? Genre qui passe à la radio… A vrai dire, je m’y connais peu : elles sont loin mes années Top 50 ;
Un air qui mériterait de retenir l’attention : Emilie Loizeau en faveur de l’Appel des coquelicots ;
Un air entêtant… Je vois pas là tout de suite ;
Un air chic et entraînant… Un air gai, chic et entraînant ;
Un air qui remonte de l’enfance. Oh ! Miracle ! Je le trouve d’un clic ! Dans tous les alpages, le voilà mon air entêtant !

Je ne manque pas d’airs et je pourrais passer la nuit à allonger la liste à l’infini. Mais non. Je vais simplement en chercher un dernier. Simplement… Euh… J’ai l’air des Visiteurs de Noël dans la tête. C’est pas de saison. Quoique, au vu des températures. Presque. Mais bon. Je cherche autre chose. Un air comme Tête en l’air. Oui, voilà l’air approprié pour une belle conclusion.

 

Le mot du jour : orage

Je suis dans le cirage
Mais j’ai bien ouï tonner
Un tout petit orage
Qui ne fait que passer
Dispersé par le vent
Bientôt une éclaircie
Je peux dès à présent
Me brancher au wifi
Pour partager ces vers
Modestes du mot du jour
Que le temps à l’envers
M’a soufflé en secours.

Et donc, je découvre, non sans étonnement, son étymologie dans mon Robert historique : orage a d’abord désigné un vent favorable avant de prendre son sens moderne de « tempête, forte pluie » suite à un renversement en « vent défavorable » .

ORAGE nom masculin est dérivé (vers 1112), avec le suffixe collectif –age que l’on retrouve dans feuillage, ramage, de l’ancien français ore « vent » (de 1165 au XIVe siècle), à côté de aure, issu du latin aura « souffle, brise » (→ aura).

Dictionnaire historique de la langue française
Le Robert

Aucun lien avec ouragan, à part dans ma tête où j’ai reconstruit une étymologie fantaisiste : oura– « vent » (par évolution phonétique) et –gan « fort, violent » . Je viens de vérifier en tournant quelques pages, dix-huit pages pour être précise : ouragan est un emprunt phonétique à l’espagnol huracan.

Clin d’œil musical. L’Orage, c’est aussi le nom d’un groupe valdotain :

Qui vient de sortir un nouvel album :

 

Le mot du jour : joie

Comme un besoin de quelque chose pour réactiver la machine, me sortir d’une certaine langueur…

La luminosité du soleil couchant par exemple. Elle était particulièrement belle ce soir. Quel spectacle j’ai eu sous les yeux ! Il m’a ravi, m’a enchanté le cœur. Oh joie ! Je suis sortie immortaliser la scène.

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Et découvert un détail qui m’avait échappé dans un premier temps, un feu de couleurs jaillissant des collines : la naissance d’un arc-en-ciel. Waouh !

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Bon, ça rend moyen en photo, pas aussi bien que ce à quoi je m’attendais, mais ça donne idée de ce que je ne me sentais pas de traduire en mots.

C’est autre chose que le bonheur, la joie. C’est plus pétillant. Ça met le corps en mouvement. La joie est un moteur.

« Emotion agréable et profonde, sentiment exaltant ressenti par toute la conscience » donne comme première définition le Dictionnaire culturel en langue française, en précisant même :

La joie se distingue du bonheur en ce qu’elle n’a pas le même caractère de calme plénitude et de durée ; du plaisir, en ce qu’elle concerne toute la sensibilité et qu’elle constitue une émotion, un sentiment et non une sensation ; de la gaieté et de l’enjouement qui désignent surtout une disposition ou une humeur.

Dictionnaire culturel en langue française, page 2201

Voilà.

Et un air joyeux dans la tête pour finir.

 

Le mot du jour : couette

En ce début de mois de mai, il fait encore bien frais. Le temps humide incite davantage à rester sous la couette, qu’à profiter des jours qui ont gagné en longueur.

La couette « édredon recouvert d’une housse qui remplace à la fois le drap de dessus et les couvertures » n’a rien à voir avec le diminutif de l’ancien français coue qui a donné queue et couette au sens de « petite queue » puis, « mèche de cheveux » . Non, la couette, sous laquelle je vais aller me glisser incessamment sous peu, est issue du mot latin culcita « matelas, coussin » qui, explique mon Robert Historique, a subi un double traitement phonétique aboutissant, selon les régions, à coute ou coite.

A noter que le mot latin est peut-être apparenté au sanskrit kurcah « balle, ballon » . Tiens donc, ballon… C’est l’occasion d’évoquer la Coupe du monde féminine de football qui aura lieu dans un mois en France : j’ai lu un article à ce sujet dans le dernier numéro de Causette tout à l’heure.

Normalement, dans un mois, j’aurai rangé la couette d’hiver et sorti la couette d’été… Enfin, j’espère.

Le mot du jour : bonheur

Pas besoin de muguet en ce premier jour de mai pour symboliser le bonheur — d’ailleurs celui de la cour devant n’est pas encore fleuri — il m’a suffit d’ouvrir la fenêtre dans le but de faire entrer le soleil pour en avoir une vision :

Version 2

Ah ! Oui ! Que c’est simple le bonheur ! Savourer ce qui est là.

J’ai trouvé dans mon Dictionnaire culturel en langue française :

BONHEUR : vers 1121 de bon et heur « chance » .

« Heur est issu du latin augurium qui désigne le présage, favorable ou non, et véhicule l’idée de croissance (augere) et d’accomplissement. L’heur peut-être bon ou mauvais (bonheur, malheur) et parfois il n’est que bon [:] celui qui en jouit est dit heureux. »

Et donc, ce matin, j’étais heureuse rien qu’à regarder Pixel heureux.

C’est quand le bonheur chantait Cali (en 2002), avec un chat sur la photo du disque, du coup j’intègre la vidéo.

Eh bien, juste là, en fait. Ici et maintenant.

Avant la catastrophe qui vient.

Car après avoir entendu Fred Vargas parler de son dernier livre, L’Humanité en péril – virons de bord toute !, dans La Grande Librairie ce soir, difficile de rester dans une complète sérénité. Miyazaki porte le message depuis des décennies.

Je me demande comment contribuer à multiplier les colibris… Plus modestement, je ne sais pas comment, mais je veux œuvrer à voir encore mes chats heureux, à entendre le bourdonnement des abeilles dans la cour et le chant des oiseaux…

Le mot du jour : divulgâcher

Ce matin à dix heures, je me suis branchée sur France Culture pour écouter la deuxième émission sur le thème « Philosopher avec Miyasaki » : Porco Rosso, mythologie du ciel. Ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté Les Chemins de la philosophie. J’y reviens après avoir découvert Ponyo sur la page d’accueil du site de France Culture, hier, et cliqué sur le lien, quasi dans la foulée, pour écouter Ponyo sur la falaise, une héroïne japonaise.

Un instant, j’ai cru que l’émission d’aujourd’hui était une rediffusion, vu que l’intervenant, Hervé Joubert Laurencin, était déjà intervenu l’automne dernier, dans le cadre d’une semaine sur la philosophie au Japon. Mais non, pas du tout, il s’agissait bien d’une nouvelle émission sur un autre long-métrage de l’œuvre du grand Hayao Miyazaki. En cours d’entretien, Adèle Van Reeth a parlé de ne pas divulgâcher l’histoire ou l’intrigue, je ne sais plus exactement. Je n’ai pas retenu la phrase, seulement le verbe, ce néologisme québécois, que je trouve magnifique, mot-valise construit à partir de divulguer et gâcher pour traduire le franglais spoiler verbe dérivé de l’anglicisme spoiler traduit divulgâcheur par l’Office québécois en langue française en 2014. Ce mot est trop récent pour être dans mes dictionnaires…

Si mon Dictionnaire culturel en langue française (de 2005) connait l’anglicisme spoiler, c’est dans son acception technique : « élément de la carrosserie (d’une voiture) destiné à réduire la poussée vers le haut à grande vitesse et donc à augmenter la pression sur les roues ou à diminuer la pression sur l’arrière. » A noter que spoiler est, en anglais, le nom d’agent de to spoil « gâter, abîmer » et « dépouiller, enlever » , mot de la famille du latin spoliare qui a donné dépouiller, spolier en français. La diphtongue qui m’irrite les oreilles me masque le lien étymologique.

La nouvelle diffusion de spoiler n’a rien à voir avec le sens technique, mais est en lien avec les séries télévisées à suspense, le mot désignant ici « un document ou un texte qui dévoile tout ou une partie de l’intrigue d’une œuvre (livre, film, jeu vidéo), et donc gâche le plaisir et la surprise de la personne de découvrir l’œuvre par elle-même » (dixit Wikipédia). De l’anglicisme spoiler a été dérivé le verbe franglais spoiler qui pourrait prêter à rire, sauf que ce n’est pas franchement drôle de se voir gâcher le plaisir de la surprise de l’intrigue de sa série préférée. Cela dit, il est possible d’imaginer quelqu’un qui s’amuse à divulgâcher l’intrigue d’un film à suspense ou d’un roman policier. Dans ce cas, on pourrait dire qu’il s’poile à spoiler…

Au-delà du jeu avec les mots, je me demande d’où vient la nécessité d’en créer un nouveau. Pourquoi ne pas se contenter d’employer gâcher ? D’où vient le besoin sémantique de divulgâcher ? Est-ce qu’on a perdu l’art de raconter sans dévoiler ? Est-ce que, dans le fond, ça ne fait pas écho à trop de paroles ? Est-ce que ça ne nous renvoie pas à un manque de silence ?

Le mot du jour : chocolat

En avril ne te découvre pas d’un fil… Certes. Mais à deux jours du mois de mai où l’on fait ce qui nous plaît, on pourrait espérer des éclaircies, un temps plus doux, ne plus entendre le chauffage se mettre en route… En ce vingt-neuf avril deux mille dix-neuf, il fait un temps à boire un chocolat. Un bon chocolat chaud : cacao, miel et lait de riz et de coco. Un savoureux goûter réconfort.

Voici un bout d’histoire du mot chocolat extraite de l’article du Dictionnaire culturel en langue française.

Le chocolat, mot de la langue nahuatl (aztèque), de même que cacao, fut introduit en Europe par les Espagnols qui avaient découvert au Mexique l’usage du cacao, au XVIe siècle.

Les habitants du Mexique absorbaient la poudre de cacao mélangée à de la farine de maïs, du rocou [fruit du rocouyer] et du piment, et ils le considéraient comme un don des dieux.

[…]

L’origine du mot nahuatl, ou aztèque, tchocoatl, est très controversée ; le mot maya chokal « chaud » , traditionnellement évoqué, ne semble pas convenir. L’hypothèse la plus souvent évoquée, est celle de Rabelo, qui posait choco pour « cacao » (cacahuatl, qui a de nombreux dérivés, parmi lesquels cacahuete « cacao de terre » [tlalli] » , d’où cacahouète) et late « eau » , pour l’élément –atl. Si le sens de choco– est contesté, –atl manifeste clairement que le terme concerne une boisson […]. Quoi qu’il en soit, l’espagnol chocolate est resté attaché aux produits alimentaires à base de cacao, substance provenant d’un arbre sacré pour la religion aztèque, et d’abord au tchocoatl mexicain, censé provenir du  tchacahoua des Mayas. Le conquistador Cortez, accueilli par Moctezuma, put visiter la plantation royale à Maniapeltec, où les rituels de la cueillette montraient la valeur sacrée, et aussi économique, du cacao et de la boisson qu’on en tirait. Les fèves de cacao étaient aussi une monnaie d’échange.

Tristan Hordé et Alain Rey
Dictionnaire culturel en langue française

Qu’ajouter ? Rien. Juste à savourer, sans scrupules, parce que le chocolat contient quantité de bonnes substances (magnésium, phosphore, fer, etc… Pour en savoir plus sur les vertus du chocolat, consulter, par exemple, cette page).

Et puis si, je vais ajouter quelque chose finalement, une légende chocolatée que je viens de trouver, pour accompagner le moment de dégustation. La légende de la princesse aztèque :

Une princesse gardant le trésor de son époux parti à la guerre, fut attaquée par des voleurs. Refusant de leur dévoiler l’endroit où était caché le trésor, les voleurs la tuèrent. Son sang se répandit sur le sol d’où poussa une plante.

La légende raconte que cette plante donna des fruits non comestibles, mais qui cachent, comme la princesse l’avait fait, un trésor dans ses graines, amères comme les souffrances de l’amour, fortes comme la vertu et rosées comme le sang de la princesse.

Cette plante, c’était le cacaoyer, offerte par le Dieu Quetzalcóatl aux aztèques en hommage à la fidélité de la princesse pour son époux.

La princesse aztèque
par Anne-Laure Jouvenal

Le mot du jour : sans

Une préposition comme mot du jour ? Et pourquoi pas ?

Sans est attesté vers 980, écrit alors sen et sens avec un s adverbial […]. Le mot est issu du latin sine, lui-même d’origine indoeupéenne, explique, de manière plus détaillée que ce je cite, mon Robert Historique.

De la liste d’activités possibles pour ce week-end si je n’étais pas appelée pour un poste (je suis d’astreinte), je n’ai pas effectué une majorité de choses. C’est le problème avec les listes : je les surcharge, passant de simples envies à des incitations pernicieuses. Certes, je peux dire que j’ai fait le principal, il n’empêche que je nourris quelques scrupules à passer la journée de dimanche sans rien faire. Comme si une partie de moi me refusait de prendre une journée de repos véritable : le temps libre c’est le moment rêvé pour faire ce qu’on n’a pas encore fait, non ? Non, pas toujours. Même avec sans cesse quelque chose qui tourne dans ma tête.

Il y avait certainement de belles choses à voir au salon bien-être de Saint Victor…
Il y a un tas de bazar qui traîne sur la table du salon, et pas que sur la table d’ailleurs…
Il y a un ourlet de pantalon, une préparation de colis, et quelques autres choses en attente…
Il y a les piles de magazines et de livres pas encore lus…

Oui, mais aujourd’hui, je suis sans énergie. Sans élan. Sans goût. Sans moyens. Sans envies. Attention, il ne s’agit pas d’une journée sans « tout court » , c’est-à-dire avec la préposition employée comme adverbe. Je sens seulement que j’ai besoin de me poser, plutôt que de m’activer, de me tourner à l’intérieur plutôt que d’aller voir à l’extérieur. J’ai besoin de m’accorder du temps pour moi. Alors j’adopte la formule de Marshall Rosenberg citée par Isabelle Padovani : ce temps, je le prends puisqu’il est à moi. Et je conclurai par une phrase d’elle-même, une citation illustrée d’une photo de François Trinel :

IsabellePadovani_MarcherVersSoi

C’est ce chemin-là que je me suis autorisée à suivre aujourd’hui.

Le mot du jour : cœur

Ce matin, en choisissant une betterave, crue, ni trop petite, ni trop grosse, en vue d’une salade composée, j’ai remarqué qu’elle avait la forme d’un cœur. « L’organe central de l’appareil circulatoire » je veux dire, pas « la forme traditionnelle assez arbitraire évoquant culturellement le cœur humain par deux quarts de cercles accolés terminés en pointe vers le bas » . Mon esprit vagabond a pensé à l’expression « jolie comme un cœur » , ce qui m’a rappelé une interrogation de ma marraine au sujet de l’origine de cette expression : parce que ça n’a rien de beau un cœur. La seule indication que j’ai trouvée c’est dans mon Robert Historique : cette locution comparative est attestée fin XVIIIe siècle.

Quoi qu’il en soit, le cœur représente bien plus qu’un terme d’anatomie.

Voilà ce qu’en dit Alain Rey dans le premier paragraphe de l’article de près de quatre pages qu’il lui consacre dans le Dictionnaire culturel en langue française :

Comment un terme d’anatomie en vient-il à désigner, dans de nombreuses civilisations, le principe de la sensibilité affective, le siège des passions ou de la volonté ? Les différents usages du terme français et de ses équivalents posent la question de savoir si le progrès des connaissances biologiques et médicales a modifié l’emploi métaphorique de ce « cœur » , ou si une intuition non scientifique continue à gouverner notre conception du lieu où serait concentrée la personnalité de l’être humain. Le cœur n’est-il vraiment qu’un muscle (point de vue anatomique) ? Sûrement pas, dans la mesure où ses battements, perceptibles en divers points du corps, sont un signe essentiel : celui de la vie (point de vue physiologique, fonctionnel). […]

Alain Rey, Penser le cœur
Dictionnaire culturel en langue française

Le cœur avec son e dans l’o.

quor (vers 1050), quer (1080), cuer et coer en ancien français, puis cœur, est issu du latin cor, cordis (…) « organe central de la circulation sanguine » et, par un symbolisme culturel ailleurs assumé par le foie, « siège des émotions, des passions, de la pensée, de l’intelligence, de la mémoire et de la volonté » . Le mot se rattache, comme le grec Kardia, à une racine indoeuropéenne °k’erd– représentée dans l’ensemble des langues congénères : allemand Herz, anglais heart, russe sierdse, gallois craidd, védique h°rdáh.

Dictionnaire historique de la langue française
Le Robert

Le sens de « siège des sensations et émotions » a été attesté (vers 1050) un peu avant celui de « organe central de l’appareil circulatoire » (1080), précise le Dictionnaire culturel en langue française.

Ça fait beaucoup de citations tout ça et ce n’est pas terminé, parce que je ne résiste pas à recopier cette phrase de Voltaire, citée par le même dictionnaire, à propos de par cœur :

[…] on retient par cœur malgré soi et voilà pourquoi nous disons retenir par cœur, car ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire.

Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Art dramatique

L’idée de retenir malgré soi me plaît beaucoup. C’est tout le contraire de l’image du par cœur que je me représente, celle d’un travail laborieux de répétition pour que ça rentre dans la tête, qui me ferme le cœur et bloque tout apprentissage de ma part : impossible d’être touchée tellement je suis tendue et même raide.

La mémoire est affaire de sensations, de corps donc et pas de tête (de mental) : je retiens mieux par imprégnation que par acte volontaire, c’est-à-dire que je saurai mieux et pour plus longtemps une chanson apprise en atelier dans une ambiance studieuse mais non moins détendue, qu’une chanson que je m’astreindrais à travailler seule chez moi, comme un devoir. D’ailleurs, je n’arrive pas à m’astreindre. C’est le comme un devoir qui gâche. Il faut de la joie pour retenir par cœur. Normal, en énergétique chinoise, joie et cœur sont associés, dans l’élément feu.

Le mot du jour : girafe

GIRAFE
Nom féminin est un emprunt (1298) à l’italien giraffa (2e moitié XIIIe siècle), lui-même emprunté à l’arabe zarafa qui était passé à l’ancien français sous les formes giras (milieu XIIIe siècle) et orafle (fin XIIIe).

Dictionnaire historique de la langue française
Le Robert

J’avais entendu que la girafe était l’animal terrestre qui avait le cœur le plus gros. Marshall Rosenberg l’a choisie comme personnage pour représenter le processus de Communication Non Violente (CNV). Là où le chacal — qui représente notre mode de fonctionnement habituel acquis depuis l’enfance — juge, évalue et rue dans les brancards, la girafe observe, écoute et exprime des sentiments et des besoins sans en rendre l’autre responsable. Il s’agit d’une langue à part à propos de laquelle Marshall Rosenberg a dit : « La langue girafe n’est pas une langue, elle n’est pas affaire de mots ; c’est une attitude qui nous permet de rejoindre un flot d’énergie à partir duquel il est possible de donner du plus profond de son cœur. »

Isabelle Padovani explique dans un Memento de la Communication NonViolente® accessible gratuitement sur son site que « pratiquer la CNV, c’est retrouver l’endroit en moi où j’ai le pouvoir de me rendre la vie belle. »

Non violence ne veut pas dire passivité, ni mollesse. La première vidéo que j’ai due voir au sujet de la CNV c’est celle-ci :

C’est le titre, Communication NonViolente : la girafe a des couilles !, qui m’avait interpellée. Après, j’en ai regardé beaucoup d’autres. J’ai aussi eu l’occasion d’assister à la rencontre Au Cœur du Vivant à Lyon, en 2017, qui a commencé par ce coming out d’Isabelle : Je ne suis pas une girafe !

Dans la conférence que j’ai écoutée ce soir, Muscler ses oreilles girafe, Isabelle Padovani évoque aussi le cou de l’animal pour dire qu’il ne lui sert pas à prendre de la hauteur, mais bien plus à plonger, en profondeur, à l’intérieur de soi. C’est ce qui me parle dans la CNV : plonger en soi et aller à la rencontre de ses multiples aspects intérieurs (ce qu’elle appelle les MAI). Toutes ces parts qui nous composent et que nous avons tendance, la plupart du temps, à négliger. C’est en apprenant à les accueillir qu’on gagne en sérénité. Il faudrait que j’interroge celle qui rechigne à s’entraîner, à faire des exercices quotidiens…