L’enfant de la nature

On pouvait l’entendre de l’auberge. Un léger bruit, non, un bruissement plutôt qui venait chatouiller les tympans. Le bruissement d’un monde inconnu pouvant venir du ciel ou des entrailles de la Terre. Qui sait ?

Elle peut-être ?

Elle était du genre silencieuse. Sans faire un bruit, elle glissait d’un lieu à l’autre, disparaissait de la cour pour réapparaitre dans le jardin. Et là, elle dansait, des plumes volantes dans les cheveux. Elle avait une figure de pirate tatouée sur l’épaule droite. Ses mouvements faisaient vibrer les fleurs du jardin. La luminosité particulière du crépuscule enveloppait la scène. Ah, que la nature est une belle dame ! Gracieuse et sans voile.

A toute heure de la journée, de l’aube au crépuscule, à pas de velours, l’ingénue venait à la rencontre de quiconque croisait sa route, une fleur à la main. Les masques arrachés par la vapeur parfumée fondaient alors à jamais.

Elle sortait ainsi chaque jour de son cocon de velours pour goûter la liberté au grand air. S’émerveillant de tout, ses sensations à chaque fois renouvelées, son cœur de pirate dansait dans sa poitrine. Et quand la brise du soir venait caresser ses joues pouponnes, un sourire illuminait son visage. On pouvait voir pétiller toutes les étoiles de l’univers dans les yeux de cet enfant de la nature.

Jeu littéraire d’un dimanche après-midi

Maintenant, quand je regarde le haillon retrouvé au fond du tiroir de la commode de ma grand-mère, je me dis que le temps finit toujours par dévoiler les secrets les mieux enfouis. C’est comme les taches à l’encre de chine qui révèlent l’inconscient. Alors autant quitter les bottes de nos certitudes.

Je m’interroge un temps, sonde ma tête et mon cœur, mais l’image est brouillée… jusqu’à ce qu’un air vienne me titiller les neurones. C’est la chanson que fredonne le mendiant en bas de la rue. Une chanson qui parle de cheval… Je respire l’air frais extérieur avec contentement. Chevelure au vent, je me vois à l’image d’une héroïne de roman.

Je descends la rue rebaptisée « terre profonde » par un poète du coin et me dirige vers l’arrêt de bus en face de la boutique « De chair et d’os » . Un drôle d’énergumène se tient sur le pas de la porte. Son visage est encadré d’une chevelure blanche étonnamment volumineuse. Je le trouve d’une beauté reposante.

— Beauté reposante, ça rime avec ombre transparente, me dit le type étrange en me fixant.

Je reste interdite, subjuguée par la douceur qui émane de son visage. Les deux à la fois… Beauté et ombre allant de paire ?

— C’est toujours une question de point de vue, entre beauté et laideur, comme entre volupté et austérité. C’est une question de quatorze heures ou d’atmosphère, de la couleur des escaliers.

Par un soir de pleine lune bleue

Il portait un pull sombre informe sur un pantalon de velours aux poches emplies de coquillages. Il traversa la petite station balnéaire, sous une lune bleue. Ses pas le guidèrent jusqu’au rocher du pêcheur. Là, il déclama quelques vers de son invention, en accord avec l’humeur de l’instant :

Une fleur sur le cœur comme un coquillage sur la plage…

Si tu trouves ce bouquet beau
C’est que tu n’es pas sot
Si tu te trouves sur ce paquebot
C’est que tu n’es pas un robot

Il délivrait ses paysages oniriques à la mer de sa voix de velours.

Non loin de là, on s’échauffait. On n’arriverait jamais à mettre en marche ce fichu robot sensé être le clou du spectacle. Personne ne prêta attention à l’étoile filante qui traversa le ciel. On s’affairait bruyamment dans le repère des barbares. On cherchait la panne à la racine. « Là ! » s’écria quelqu’un. Ça scintillait comme une étoile. tous les regards convergèrent sur le cœur du circuit électrique.

Le souhait de l’homme solitaire et rêveur sur le rocher du pêcheur était de partager ce qui émanait de lui, mais il lui manquait quelque chose pour créer le lien avec autrui. Il avait consulté une ermite dans une cabane dans les bois qui l’avait emmené se mirer dans l’eau du puits.

Alors les aboiements avaient cessé. C’était son souhait le plus cher : ne plus entendre aboyer d’ici à l’horizon. Les masques arrachés, les visages à nu, chacun observant les autres à souhait.

 

Jeux littéraires — Atelier d’écriture Luna Circus — Editions Zulma

Lettre à M*

Chère amie,

A part moi, il n ‘y a pas âme qui vive ici ce soir. Moment de solitude. Mama mia ! Je m’ennuierais, si je n’avais pas pris la plume pour vous écrire ces quelques mots. Un murmure de la main… Mouais… (Je m’essaye aux allitérations, mais c’est moyen…)
Le chant mélodieux des moineaux m’accompagne. Du miel pour les oreilles. Moment musical… Me revient en mémoire des mots sur Music for a while : la musique pour un moment où l’on fait abstraction de tout. Moment magique…

Le printemps est arrivé sort de ta maison !
Voilà ce que pourrait signifier le chant des moineaux et autres oiseaux. Seulement ce mois de mai est un peu frais pour ne pas dire froid. Normal : j’ai crû que la chaleur allait s’installer et j’ai rangé la couette d’hiver pour la remplacer par une plus légère… J’aurais pu attendre. Ce soir, j’ai un gilet sur le dos.

Change de ciel, viens voir la terre, voir le soleil et les rivières !
C’est étrange cette sensation d’entendre des messages dans les pépiements, mais j’aime ! Quelle merveille ! C’est du baume au cœur. Merci ! Et ça continue…

Chasse au loin la détresse, laisse entrer le printemps, le temps de la tendresse et de l’apaisement.
Oh ! j’en suis tout émue ! Voyez comme ce moment est magique : je prends la plume pour vous écrire et c’est moi qui reçois un message ! Je vous le transmets,  vous me direz ce que vous en pensez.
Je m’étais dit que j’écrirais tant que je n’aurais pas à allumer la lumière. Nous voilà entre chien et loup. Je vous dis à bientôt.

Bien à vous,

Mélanie

*Exercice d’écriture avec des phrases introductives extraites de chansons en italique : Michel Fugain, Le Printemps ; Claude François, Viens à la maison ; Hubert Félix Thiéfaine Trois poèmes pour Annabel Lee