Le mot du jour : allumette

Un échange entre une marraine et sa filleule :

— On revient d’ici deux heures, on t’appelle si jamais il y a quoi que ce soit. Ferme la porte à clé et ne touche pas aux allumettes.

— Je ne risque pas, d’autant que je ne sais pas où elles sont. Et je ne compte pas les chercher…

La boite d’allumettes est en face de moi, posée sur le meuble de la télévision à côté du poêle à bois. Aujourd’hui, c’est moi la filleule. Je suis descendue dans le sud rendre visite à ma marraine. Je me suis dit que ça pourrait d’ailleurs être le mot du jour, et puis je me suis ravisée. Une autre fois. Aujourd’hui, c’est allumette qui fait tilt dans ma tête.

J’ai regardé la définition dans le Littré. Premier sens, celui qui m’intéresse : « brin de bois ou de chanvre soufré à un bout ou aux deux bouts. » Puis j’ai cherché des détails historico-techniques sur internet. J’en ai trouvés sur le site de Futura Sciences.

Avec une allumette, on allume un feu, un cigarette, une bougie… Avec des allumettes, on peut jouer à résoudre des énigmes. Avec l’exercice des bonhommes allumettes (et non à lunettes, comme j’allais l’écrire), créé par Jacques Martel, on harmonise une relation en coupant des liens d’attachement toxiques.

LaPetiteFilleAuxAllumettesJe me souviens de la couverture, sur fond bleu, et des illustrations d’ « un petit livre d’argent » : La Petite Fille aux allumettes.

Je me souviens d’une adaptation du conte d’Andersen par Philippe Faure au théâtre de la Croix-Rousse. C’était en 2008 et la pièce reste accessible sur Dailymotion.

Je me souviens des moulins en allumettes qu’il y avait à la maison. L’œuvre de papa, je crois. Minutieux et patient.

Je n’ai pas touché aux allumettes avant le retour de ma marraine. Par contre, je suis allée faire un tour dans la cuisine où j’ai ouvert un placard et renversé une bouteille en verre de velouté de courge. Je crois que je peux dire que je suis moins sage que ma filleule.

Patchwork 25/30

Ce soir, je devais, enfin, je pensais, me mettre au lit de bonne heure, vu que, travaillant du matin, j’étais debout depuis trois heures vingt. Et puis j’ai allumé la télé, le temps de repasser deux pantalons. J’ai mis Fogiel en me disant que ce serait plus facile de couper une émission qu’un film. Mais voilà, il y avait Frédéric Michalak en invité ! Aïe, aïe, aïe ! Michalak ! Je n’ai pas pour habitude de jouer les midinettes enamourées, mais bon, là, je peux pas résister.

Il était là, discret, attendant sagement son tour qui est venu à la fin de l’émission. Un peu dans le rôle de la potiche, en somme…

Dans le reportage qui lui était consacré, il a été présenté comme « le Zidane du jeu à quinze » . Alors là, ça m’a fait vraiment drôle, parce que le Zidane du jeu à quinze, pour moi, il a sept ans et il s’appelle Thomas…

Petit Thom

Sept ans demain. L’âge de raison. L’âge d’être grand et de prendre des décisions. Le petit Thomas au fond de son lit ne dort pas. Son père lui a promis de l’inscrire dans club de son choix, mais il n’arrive pas à se décider. Rond ou ovale ? Il ne sais pas. Foot ou rugby ? Il hésite. Jeu au pied ou à la main ? Tête ou mêlée ? Lucarne ou drop ? Pénalty ou pénalité ? But ou essai ? Tout ce qu’il sait c’est qu’il veut jouer au ballon en chaussures à crampons. Traverser le terrain, mettre la défense adverse dans le vent et marquer. D’une frappe cadrée ? En aplatissant dans l’en-but ?

Comment choisir ? Qui rejoindre ? Alexandre qui ne jure que par l’ovale ou Pierre et Julien adeptes du ballon rond ? Julien dit qu’Alexandre aura bientôt des oreilles de choux. Alexandre, que le foot c’est que du cinéma.

Et puis il y a Amélie. La douce Amélie qui porte des rubans aux couleurs de l’équipe de rugby locale, les jours de matchs… Mais ce n’est pas une fille qui l’influencera. Oh ça non alors ! Cette décision lui appartient, à lui seul.

Sa première décision de grand.

Mais à minuit, au fond de son lit, il se sent encore petit, Thomas.

Il soupire.

Il voudrait bien dormir. Il en a assez de réfléchir. Il sera… il sera… footballeur voilà ! Et il marquera  des buts. Ouais, plein de buts !

Sa décision étant arrêtée, il ferme les yeux. Les rouvre. Les ferme à nouveau, cherchant les mots de sa mère qui savent si bien le bercer.

Au départ ce n’était qu’une patate informe
Rendue ovale ou ronde selon les hommes.
Les Onze l’ont arrondie sous leurs coups de pied,
Dans leurs mains serrée, les Quinze l’ont allongée…
Au départ ce n’était qu’une patate informe
Rendue ovale ou ronde selon les hommes…

Et demain c’est à toi de choisir bonhomme.

Je serai… Je serai… se répète petit Thom… qui finit par trouver le sommeil. Un sommeil agité où il se voit tour à tour, seul avec son ballon dans le rond central. Footballeur transformant un essai. Casqué, tenant un cuir ovale au milieu d’une surface de réparation. Assommé par un ballon rond. Poursuivi par un ballon ovale…

Au matin, il se réveille pourtant frais et dispos. Souriant. Heureux. Fier d’être grand. Sûr de son choix, il se précipite dans la cuisine où son père est en train de prendre son café.

« Papa, inscris-moi au rugby. Je veux être le Zidane du jeu à quinze ! »