Patchwork : 1/30

Ce serait beaucoup plus simple si je me souvenais du rêve que j’ai fait il y a quelques jours. Je veux dire : si je me souvenais du contenu. Je me revois en train d’écrire, le cerveau en ébullition : j’avais une intrigue et plusieurs pistes pour développer des chapitres. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je m’en souvienne au réveil. Evidemment ça n’a pas été le cas. En ouvrant les yeux, j’avais tout oublié. Il est possible que j’aie tout oublié bien avant, dès le rêve terminé.

Mais il suffit d’un premier pas, n’est-ce pas ? Ah oui ? Vraiment ? J’ai la sensation de toujours être dans ce premier pas, comme un éternel commencement… Il vient quand, le deuxième ? Et le troisième ? J’ai imprimé un jour une belle citation de Johann Wolfgang von Goethe pour me donner le cœur de passer à l’action : « Quoi que tu puisses faire ou que tu rêves de faire, commence-le ! L’audace contient en elle le génie, la puissance et la magie. » Mais j’en reste au premier pas.

Quelle est l’histoire ?

Tu peux me le dire toi qui me regarde ? Tu attends après moi ?

Je cherche.
Sans but.
C’est peut-être de là que vient le manque d’inspiration… Oui, mais, si le but est le chemin, le but peut aussi être d’écrire, non ? L’inspiration commence par le fait de rapprocher la chaise du bureau. Eh bien voilà, j’y suis, avec mes outils : stylo plume et cahier à spirales sans lignes. Je cherche une idée qui ne vient pas. Une pelote à dérouler. Où se cache-t-elle ? Je croyais en avoir plusieurs en réserve quelque part, visiblement je n’arrive pas à saisir le moindre fil…

Alors quoi ?

Je gribouille, je rature…

Je me demande où est la porte d’entrée… Ou la porte de sortie… Bref, le passage.

Vers où ?

Le passage ouvert sur l’imaginaire.

Il y a des bruits parasites. Deux chats derrière la porte-fenêtre qui se manifestent pour rentrer. Je leur ai pourtant dit de me laisser tranquille pendant un moment. Je leur ai signifié que je ne voulais pas être dérangée.
Ils n’en ont cure.
Je résiste.
L’un est allé faire un tour, l’autre insiste.
Je cède.
Et puis le premier revient, je me lève une nouvelle fois.
Faute de porte imaginaire à passer, j’ouvre la porte-fenêtre du salon.

Je n’ai pas l’intention de raconter l’histoire de mes chats, ni celle de plonger dans ma propre histoire, je veux seulement écrire autre chose. Quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Avec un stylo plume en guise de baguette magique.
Abracadabra
Un, deux, trois…
Je suis dans l’embarras
Ça ne fonctionne pas.

Je regarde une carte sur laquelle est peint un lapin blanc, un beau lapin blanc qui n’est pas celui d’Alice, mais comme il m’y fait penser, je reste bloquée, bloquée sur un réseau synaptique connu, sans trouver une bifurcation vers une autre voie qui est encore à construire, voire à creuser.
Creuser sous la butte.
Traverser en oblique.
Prendre une tangente.
Se faire la malle. Ce fer là mal… Ah non, on va oublier les bagages. Voilà, c’est ça !
Il s’agit de lâcher du lest, tout le lest, de partir à l’aventure, sans valises, ni sac d’aucune sorte, sans aucune charge. Libre comme l’air, fluide comme l’eau, légère comme une plume. Je laisse tout. Je fais tomber le masque, l’armure, les repères. Tout.

Et j’attends la sonnerie.

Eh hop ! Nouveau défi !

Le souvenir de deux mois sans publications étant encore frais, je n’ai pas osé écrire FIN à la fin du cinquième et dernier épisode de ma nouvelle Le Trio. Je n’ai pas fini d’écrire, surtout en cette saison : novembre c’est le mois de l’écriture, même si j’ai décidé de ne pas participer proprement dit au NaNoWriMo cette année. Reprenant l’idée du défi d’une pastille par jour, j’ai l’intention d’écrire et de mettre en ligne un texte quotidiennement du premier au trente novembre. Car comme le dit Véronique Morinière dans un article mis en ligne hier : « Quand on veut trouver le temps, on peut. C’est juste une question de mettre l’écriture en premier… » Donc, je me réserve un temps chaque jour pour écrire. Et voilà que je commence à m’interroger…

Un temps… C’est vague… Concrètement, à quoi tu t’engages ?
Une heure ? Une heure et demie ? Deux heures ?

Quatre-vingt-dix minutes. Ça sonne mieux en minutes…

Ce billet constitue le premier texte ou s’agit-il seulement de la présentation ?

De la présentation ! Oui, je sais, il aurait été aussi judicieux de la faire hier.

Tu comptes écrire trente textes indépendants ou un seul texte en trente épisodes ?

Je ne sais pas encore, mais un seul texte en trente épisodes, ça ressemble à une participation au NaNoWriMo alors que je n’en ai pas l’intention… En même temps, j’aime bien l’idée d’une continuité, d’un lien d’un jour sur l’autre, comme un patchwork. Bref, je laisse venir.

Dis donc, c’est déjà seize heures seize, tu t’y mets quand ?

Après le visionnage de la vidéo que j’avais prévu de regarder ce matin…

 

Bilan du défi et perspectives

Un jour de silence pour me poser et prendre la mesure du défi achevé. Depuis le 16 janvier, j’ai écrit et mis en ligne un billet chaque jour, une pastille à la couleur de l’humeur. Ça n’a pas été facile tous les jours, ça a même été parfois laborieux, mais j’ai réussi ! J’ai tenu la distance et c’est à peine si je réalise : j’ai plus nourri ce blog les cent derniers jours que depuis le début de son existence. Wouah ! Je n’aurais pas pensé écrire autant. J’avais imaginé la possibilité de pastilles photos au début du projet.

Je vais prendre un peu de distance, quelques jours « de vacances » et réfléchir à la suite. Je me demande si je ne me lancerais pas dans un feuilleton, une histoire à suivre, c’est-à-dire un texte long découpé en plusieurs épisodes, un texte commencé quelque part dans un carnet et jamais abouti. Un roman ? Peut-être pas tout de suite. Une nouvelle pour commencer. Je laisse mûrir.

Rendez-vous en mai. Quand ? Disons le 11.

A bientôt !

Sourire à la vie

[Défi une pastille par jour 100/100]

L’apaisement après la tempête émotionnelle.

Fuir le fil d’actualités de facebook et ses bruits politiques.

Se laisser gagner par l’insouciance d’une petite chatte jouant au fond du jardin.

Découvrir avec ravissement que Geneviève Fraisse est l’invitée de l’émission A voix nue cette semaine.

Retenir avec grand intérêt l’idée selon laquelle choisir d’être optimiste ou pessimiste revient à ne plus rien faire et à laisser faire, alors qu’en confrontant la réalité en face on trouve les réponses et on comprend ce qui se passe (Raoul Peck dans La Grande Table).

Suivre le fil de cette idée qui revient à reprendre les rênes de sa vie : on devient ainsi un être responsable, capable d’agir en conscience…

Avoir une pensée pour Rosa Luxemburg.

« Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur. Alors, je cherche une raison à cette joie, je n’en trouve pas et ne puis m’empêcher de sourire de moi-même. Je crois que la vie elle-même est l’unique secret. Car l’obscurité profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l’observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l’entendre. »

Rosa, La Vie, Lettres de Rosa Luxemburg, Edition de L’Atelier, 2009

Et sourire à la vie.

Vent fort

[Défi une pastille par jour 99/100]

Bourrasque ! Tempête !
Le vent souffle fort.
« A décorner un bœuf »
Dit l’expression.
« A renverser l’étendage »
Répondrais-je.
« A faire chuter un chat du toit ? »
M’inquiété-je…
Non.
Ils sont tous là.
Ouf !

Le vent souffle fort, fort, fort
Si seulement il pouvait
M’aérer la tête
Ou me souffler une idée…

Jour de vote

[Défi une pastille par jour 98/100]

Interrogation du matin : l’escargot va-t-il danser ou pleurer dans sa coquille ce soir ?

Je me suis rendue une première fois au bureau de vote ce matin. Quand j’ai vu la foule devant la petite salle du canal, je suis rentrée sans m’arrêter. Un tour pour rien : n’ayant pas encore déjeuné, j’avais faim.

Je suis revenue un peu avant midi. Lentement. Devant moi, une 307 freinait dans la descente… J’ai été soulagée de la voir tourner à gauche au stop alors que je filais de l’autre côté.

Il y avait encore du monde devant le bureau de vote, mais je n’avais plus le choix : c’était maintenant ou pas. Une dame se plaignait de l’organisation : il fallait aller chercher les bulletins sur une table placée à droite dans la salle, traverser la file d’attente pour se rendre dans l’isoloir à gauche et revenir faire la queue au milieu. Je me suis dit que j’allais être en retard au boulot. Sans penser au lièvre de la fable, mais à l’escargot.

J’ai sorti mon portable, souri en découvrant le texto interrogateur de Tatiraine et prévenu mon collègue en poste. Une dame en gilet rose m’est passé devant quand je m’engageais vers la table des bulletins, un homme a fait de même alors que j’attendais mon tour pour aller dans l’isoloir. J’ai ronchonné intérieurement.

Le bon bulletin mis sous enveloppe, je suis venue me fondre dans la file, à quelques pas derrière la dame au gilet rose, me plaçant ainsi devant un certain nombre de personnes qui auraient très bien pu ronchonner, intérieurement ou pas… Eh oui !

Il était midi et quart quand j’ai déposé mon enveloppe dans l’urne en reprenant la dame de la mairie qui, carte électorale en main, m’annonçait mademoiselle : pour moi c’est madame parce qu’il n’y a pas de raison qu’on fasse une distinction au féminin alors qu’il n’y en a pas au masculin. Et puis j’ai filé. A plus de cent trente sur l’autoroute sans avoir pour autant l’impression de rouler vite, ne faisant que suivre le flux. Qui plus est, des voitures me doublaient. Je me suis demandé s’il était possible que l’indicateur de vitesse soit déréglé…

Il était encore midi et demie quand je suis arrivée au péage. Ouf ! C’était parti pour huit heures, les élections entre parenthèses, avant les premières estimations du soir.

Ce soir, je me suis changé les idées en regardant les deux épisodes de la deuxième saison de Dix pour cent diffusés mercredi dernier.

L’escargot insoumis

[Défi une pastille par jour 97/100]

« Le doute c’est le début de quelque chose. »  Voilà la phrase avec laquelle Xavier de La Porte conclut sa chronique de La Vie numérique, jeudi dernier. J’aurais bien aimé finir ma pastille d’hier sur cette formule, parce que ce qui me plaît dans le doute c’est l’ouverture sur un champ de possibles.

Remontant dans les chroniques de la semaine, je me suis particulièrement arrêtée sur celle de lundi qui évoquait le cerveau de l’escargot. Un cerveau d’escargot compte 90 000 neurones et seulement deux suffisent à créer un petit circuit décisionnel. Optimisation des prises de décision complexes et économie d’énergie ! Un fonctionnement à l’opposé de la complexité informatique, comme quoi le cerveau est autrement performant. C’est un organe merveilleux. Un organe sensoriel et sensuel dit Jean-Jacques Crèvecœur. Mais revenons à nos deux neurones.

Le choix du bulletin de vote pour le premier tour des élections présidentielles de demain est un peu plus complexe qu’une prise de décision de manger une feuille de laitue ou pas. Quoique… Dans le fond, on peut considérer que le meilleur Président serait celui qui mettrait en œuvre ce qui permettrait à chacun-e de manger correctement (c’est-à-dire à sa faim et de bons produits).

Et c’est ainsi que je fais pencher la balance ! Parce que pour avoir une chance d’avoir un Président qui offre les moyens à chacun-e de manger correctement, il est préférable de voter pour un candidat qui représente un certain poids électoral. Pour un avenir en commun.

Wouah, c’est fort le circuit décisionnel !

Doutes

[Défi une pastille par jour 96/100]

Il y a doute et doute…

Il y a le doute perturbant de l’impression sourde d’avoir oublié quelque chose… Celui des questions qu’on se pose parce qu’on n’a pas toujours la tête à ce qu’on fait : « est-ce que j’ai laissé la fenêtre ouverte pour les chats ? » , et qui peut devenir carrément angoissant : « Est-ce que j’ai vraiment coupé le feu sous la  casserole avant de partir ? » .

Il y a le doute du manque de confiance en soi…

Il y a la tendre chanson d’Anne Sylvestre qui aime les gens qui doutent.

Et puis il y a le doute fondamental, celui qui relativise toute affirmation présentée comme Vérité, parce que cette vérité d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier et ne sera pas celle de demain. C’est le doute de l’humilité qui reconnait qu’on ne sait pas, parce qu’on est, de fait, minuscule à l’échelle de l’univers. C’est le doute au-dessus des croyances, celui d’Hypathie, philosophe et astronome grecque du IVe siècle,  dans Agora, film d’Alejandro Amenabar (2009) que j’ai découvert lors de sa diffusion à la télévision grâce à sa présentation dans Télérama qui le définit comme « péplum féministe » .

Bref, je doute donc je suis.

Dicton

[Défi une pastille par jour 95/100]

En avril, ne te découvre pas d’un fil,
Même cette année.
Pourtant, j’ai bien cru venu la semaine dernière,
Le temps de sortir pantalon de toile et t-shirt.
Une seule journée.

Puis, le vent froid s’est levé,
Rappelant le dicton, il a glacé l’atmosphère,
Atrophié les jeunes feuilles du figuier.

Le chauffage a repris son ronron.

J’ai fermé la fenêtre et remis un gilet
En attendant le mois de mai.

Cheminer

[Défi une pastille par jour 94/100]

Sur les pavés
Sur des chemins de terre
Sur des petites routes goudronnées
Sur le bitume autoroutier
Circuler

A pieds
En voiture
En transports en commun
Sur route ou sur rail
Balade

En solitaire
En manif
En rando
En ville
Marche

Dans ma tête
Dans les livres
Dans la musique
Dans le Tardis
Voyages