Le mot du jour : cabane

Mercredi, jour dit des enfants, j’ai assisté au montage, démontage, puis remontage, redémontage d’une cabane aux abords du rond-point du péage de L’Isle d’Abeau. Ce sont les gendarmes qui sont intervenus une première fois auprès de l’équipe de Gilets Jaunes bâtisseurs, puis ce fut le tour de policiers à la nuit tombée. Echanges cordiaux, vu de loin. « On ne construit pas sur un chemin » a peut-être été le message des premiers. « Il est interdit de construire sur un terrain privé » a pu être l’injonction des seconds. En tous cas, quel triste spectacle que celui du démontage d’une cabane. Pincement au cœur, peine de mon enfant intérieur. Parce qu’il y a effectivement une joie enfantine à voir monter une cabane de palettes et de planches. Ça rappelle l’enfance, qu’on les ait construites dans les bois, ou dans les arbres, ou simplement à la maison en disposant un drap sur plusieurs chaises.

Pour autant, mon Robert Historique ne mentionne pas cet aspect dans sa définition du mot, bien qu’il parle des « emplois spéciaux selon les utilisations de l’objet » . Cabane qui « désigne une petite construction rudimentaire » « est emprunté (1387) au provençal cabana “chaumière, petite maison” (1253), lui-même issu du bas latin capanna. » De cabane à cabine, il n’y a qu’une voyelle qui diffère, et cinq mots les séparent dans mon dictionnaire qui souligne que les deux mots sont étroitement liés par leurs significations, mais pas au niveau étymologique : l’origine de cabine reste obscure. Cela dit, compte tenu du lieu, je me demande si les Gilets Jaunes du rond-point du péage de L’Isle d’Abeau ne pourraient pas bénéficier d’une cabine de péage, certes plus étroite et moins accueillante qu’une cabane… En tous cas, j’imagine très bien une cabine au milieu du rond-point comme vestige d’une époque révolue et pourtant pas si lointaine. Certes, il faut reconnaître qu’elles ne sont pas spécialement esthétiques les cabines de péage…

Bref, trêve de bavardage, revenons-en à la cabane et son univers.

Qu’il s’agisse de celle du pêcheur de Francis Cabrel (1994),

« Viens faire toi-même le mélange des couleurs
Sur les murs de la cabane du pêcheur »

celle au Canada de Line Renaud (1947)

« Ma cabane au Canada
Est blottie au fond des bois
On y voit des écureuils
Sur le seuil
Si la porte n’a pas de clé
C’est qu’il n’y a rien à voler
Sous le toit de ma cabane au Canada »

comme celle en bois de Sophie Forte (2005)

« J’ai une cabane en bois
Au fond du jardin
Elle est tout de guingois
Elle n’a l’air de rien
C’est mon royaume à moi
Quand j’ai un chagrin
Là-bas je suis le roi
Plus rien ne m’atteint. »

une cabane a valeur de refuge. C’est le royaume imaginaire hérité de l’enfance ouvert à tous les possibles à conserver précieusement et convoquer pour se ressourcer. C’est un espace où s’exprime la liberté d’être à cultiver.

 

Patchwork 2/30

Et j’attends, sereine, la sonnerie.
Un déclic.
Une sirène.
Un appel du grand large.
Un signe.
Un top départ.

– Un top départ ? Tu as besoin d’un top départ ? Tu fais une course ?

– Euh non.

– Tu crois avoir besoin d’une autorisation, alors peut-être ? Je te préviens, tu risque de l’attendre longtemps… Tu ne connais pas la phrase : « La liberté ne se demande pas, elle se prend » ?

– Mais ce n’est pas l’enjeu.

– Bien sûr que si ! C’est toujours ça l’enjeu : oser quitter le nid douillet, voler de ses propres ailes, suivre sa propre route au lieu de tourner en rond. Non, mais regarde un peu le cercle que tu es en train de creuser : une-deux, une-deux, une-deux. On dirait un poisson rouge dans son bocal… Il est temps d’entrer dans la spirale et c’est le troisième pas qui te le permettra. Rien d’autre. Tu n’as pas besoin d’un quelconque signal, seulement de faire le troisième pas.

– Le troisième pas… Ça me dit quelque chose, une histoire d’arpenteur qui part en exploration à la verticalité de la géographie…

– Le troisième pas, c’est celui qui te permet d’ouvrir le cercle.

– Je m’interroge : Dans quel sens je suis la spirale ? Vers l’intérieur ou l’extérieur ? En direction du centre ou de l’infini ? Je veux dire : le point central c’est l’origine ou la fin ?

– Tu te poses trop de questions. C’est du pareil au même dans l’interdimensionnalité spatio-temporelle : les deux se rejoignent. Plus tu avances sur l’extérieur, plus tu te centres. Plus tu es centrée sur toi-même, plus tu progresses sur l’ouverture. Capiche ?

– Pas vraiment, non.

– Cherche pas à comprendre. Engage ton pas, c’est tout ce que tu as à faire. Mais fais-le. Vas-y !

– Ah. Euh… Je n’ai pas réfléchi au décor, je ne sais pas où je vais.

– Suis la ligne.

– Il n’y a pas de ligne dans mon carnet.

– Il ne fait aucun doute qu’il y a un truc que tu as oublié de larguer c’est la résistance de ton esprit de contradiction…

– Oh, mais je l’aime bien mon esprit de contradiction. J’en joue avec joie.

– Ouais, j’ai déjà remarqué ça. « Oui mais non » … Oh le frein !

– Non, pas seulement, pas tant que ça. Il a de l’humour. Mais toi d’abord, qui es-tu pour me parler sur ce ton ?

– Devine… Enfin, non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de te demander de deviner. Ça prendrait trop de temps.
Je suis tes aspirations et je me languis de te voir m’accorder plus d’attention. Oui, je suis la lueur dans tes yeux face à quelque chose qui te passionne, je suis la petite flamme qui s’anime dans ton cœur, je suis le sourire qui illumine ton visage. Je suis toi. Profondément toi. Et je manque de concrétisation si tu vois ce que je veux dire.

– Je crois que je vois. Pardon. Je suis désolée…

– S’il te plait, merci, je t’aime… Oui, je sais, je te connais, et je te reconnais bien là. L’ouverture de cœur avec Ho’oponopno c’est déjà un bon point, mais ce ne te sera pas très utile, embourbée jusqu’au cou dans ta tranchée circulaire, alors, un conseil : agis au lieu de te sentir coupable. Ose le troisième pas.

– Je le fais. Je m’y engage. De tout mon corps. Un, deux et… trois. Pas de côté, à la marge, décalé. J’ouvre le passage sur la spirale. Voilà.

Une spirale, c’est bien la forme d’une coquille d’escargot ou je me trompe ?

 

Quand la vie sourit

Hier matin, j’avais enfin rendez-vous chez la coiffeuse. Je dis enfin parce que l’idée d’aller me faire rafraîchir la coupe, et la tête, m’a traversé l’esprit il y a à peu près un mois, que je n’ai pas appelé dans la foulée et que le mois de mai a ensuite filé de pont en pont sans que je trouve une place dans mon emploi du temps pour caser un rendez-vous.
« Tu as un agenda de ministre » aurait dit une amie…
Alors que je ne travaille pas à temps plein.
D’ailleurs, je me demande comment je ferais si je travaillais à plein temps. Bref.

Hier matin, me voilà donc partie tranquillement, un peu en avance pour une fois, la journée est belle, je me sens bien, youpi. Tout serait parfait si ce n’est un petit bruit inhabituel qui fait tinter l’alarme dans mon cerveau (pas sur le tableau de bord et c’est bien dommage !). Ce n’est pas le moteur. Ni une fenêtre mal fermée qui vibre. Qu’est-ce donc ? Il me semble avoir déjà entendu un bruit ressemblant à celui-là, la dernière fois que j’ai utilisé la voiture, sans vraiment y prêter attention.
Je regarderai à l’arrivée…
Sauf qu’à l’arrivée, je n’y ai plus pensé.
La voiture ne me semble pas en déséquilibre. Je finis par me garer sur le bord de la route pour en faire le tour et constate ce que je craignais tout en en refusant l’idée : le pneu arrière droit est à plat. Aïe ! C’est fâcheux. Le temps que je change la roue, je passe à côté de mon rendez-vous. Qui plus est je n’ai jamais changé de roue. Il y a toujours eu quelqu’un pour le faire à ma place : le conducteur de la voiture qui me suivait et qui me faisait des appels de phares pour me faire garer, le mari d’un couple d’amis que je rejoignais sur un parking pour covoiturer. Si dans le premier cas, je savais que j’avais un pneu à plat (après avoir tapé un trottoir), dans le deuxième cas (dû à une pointe) je ne m’en étais pas rendu compte.

Il ne m’a pas paru envisageable de rouler sur trois pneus jusqu’au salon de coiffure. Par contre j’ai pensé au garage pas loin. Pour y accéder, il me suffit de prendre à droite au croisement où je suis stationnée au lieu de prendre à gauche. Et me voilà repartie, avec une pensée pour un vieux tube de Cookie Dingler : l’émancipation ne se juge pas au fait de savoir changer une roue. D’ailleurs, les paroles d’Une femme libérée ne décrivent pas franchement une femme libre. Pour l’émancipation il y a beaucoup mieux (j’aurais bien voulu partager la version des choraleuses, mais je ne la retrouve pas).

C’est avec soulagement que je me gare dans la cour du garage. En deux temps, trois mouvements, le garagiste remplace le pneu crevé par la roue de secours flambant neuve. Il me montre l’intérieur du pneu défectueux : de la poussière noire de gomme — il est irrécupérable — et un clou assassin. Ce n’est sans doute pas en roulant deux kilomètres que je l’ai autant usé de l’intérieur. C’est donc que j’aurais dû être alertée par le bruit entendu deux jours plus tôt, au lieu de quoi j’ai monté le son de la radio comme une autruche aurait mis la tête dans le sable. Mais plutôt que de m’en vouloir, pour une fois, je relativise : les pneus étaient de toutes façons en fin de vie, je savais devoir les changer au printemps. Là, à condition de trouver le modèle identique au pneu de la roue de secours (c’est-à-dire si j’ai de la chance, compte-tenu du fait que les modèles changent assez souvent pour favoriser la vente par paire), je n’aurai qu’un seul pneu à acheter.
Tandis que le garagiste passe commande, j’appelle la coiffeuse pour la prévenir de mon retard. Mon rendez-vous est décalé d’un quart d’heure et je dois repasser en fin d’après-midi au garage. Sur la route qui me conduit au salon de coiffure, je m’dis qu’il n’y pas de problèmes, qu’il n’y a que des solutions.

Je me présente quand même avec une pointe d’anxiété perturbatrice au salon (on ne se libère pas d’un claquement de doigt du jugement profondément ancré en soi) mais la coiffeuse a les mots pour me rassurer : mon retard lui a permis de finir tranquillement la coupe de la cliente précédente. Elle me parle ensuite d’un projet d’instaurer une journée zen, c’est-à-dire une journée où les rendez-vous se dérouleraient dans une ambiance particulièrement calme et les coupes seraient accompagnées de soins. Ça me plait bien. Dorénavant, je prendrai rendez-vous le jeudi.
Je ressors du salon la tête légère.

Et comme je suis sous de bons auspices, le garagiste a réussi à m’obtenir un pneu similaire à mon pneu neuf. Chouette, chouette, chouette !