Thèse, antithèse, synthèse et la lune

Mercredi, je faisais l’éloge du repos au mois de juillet pour la plus grande joie de ma part bienheureuse « profitons du présent, il n’y a que ça de vrai » . Jeudi, je me faisais rattraper par le caractère ronchon et plein de scrupules de mon mental et je me lamentais sur mon manque d’énergie. Alors, après coup, je me suis dit que ça faisait thèse, antithèse et qu’il ne me restait plus qu’à faire la synthèse. Ah ! Je trouvais l’idée lumineuse et contentais plusieurs de mes parts : ma part bienheureuse enthousiasmée, comme toujours, par une nouvelle idée ; ma part intello satisfaite de l’exercice ; ma part en quête d’équilibre et de justesse, dans de bonnes dispositions aussi.

Sauf qu’à l’heure de m’y mettre, après mes huit heures de poste, je n’en ai plus la motivation. Eh oui, ce n’est pas de tout repos de tenir un journal, et là, je manque d’énergie si j’ose dire… En tous cas, je n’ai plus l’élan. J’aspire au repos. Bref, je ne me vois pas épiloguer sur les contradictions entre mes deux dernières chroniques. Je préfère observer la lune briller de plus en plus dans la nuit tombant.

Donc, restons simple. En résumé, vive le repos, mais… Mais il y a quelque chose qui résiste au repos total en moi. Je dirais que c’est mon mental qui résiste à l’abandon, incapable qu’il est de chanter : « Non, rien de rien, non, je ne fais rien » . C’est son côté fourmi…

Arrivée là, je suis embêtée parce que le titre « Thèse, antithèse, synthèse » que j’avais, pour une fois, avant d’avoir écrit quoi que ce soit, tombe à l’eau. Ce n’est pas grave, un peu dommage parce que je l’aimais bien, et puis il faut maintenant que j’en trouve un autre. A quoi ça sert de le préciser puisque cette chronique sera publiée avec un titre, trouvé donc (sans y avoir passé la nuit…) ? Ça sert à mêler les temporalités. J’aime bien. Mais après je n’ai pas à m’étonner de ne pas savoir être à l’heure : c’est parce que je n’ai pas une conception linéaire du temps.

Le mot du jour : mental

La rime qui s’impose à mental c’est métal. Pour autant, je ne sais pas quel poème écrire…

J’ai ouvert le dictionnaire. Ce qui m’a interpelée d’abord, ce sont les adjectifs contraires : écrit, exprimé, parlé… qui disent bien que ce qui est mental est dans la tête.

Ce que j’ai retenu ensuite c’est que le substantif était couramment utilisé en sport : le mental a à voir avec la maîtrise, le contrôle. On est toujours dans la tête.

Je me dis que ce qu’on garde enfermé dans la tête peut finir par peser lourd : c’est concentré, c’est dense comme du métal, ce qui peut donner une tête trop dure, même si avoir un mental d’acier, comme le dit l’expression, a son efficacité dans certaines circonstances. Ça manque de mouvement, de fluidité, d’aération.

Dans le dictionnaire, n’est pas mentionné l’usage en développement personnel dans lequel on oppose mental et cœur, l’intelligence intellectuelle à celle du cœur. Je ne sais plus qui a dit que le chemin le plus long était celui entre la tête et le cœur. Il est, en effet, difficile pour le mental de lâcher prise. D’autant plus dans un environnement inconnu.

Ces derniers temps, mon mental avait pour occupation principale le mot du jour et s’en satisfaisait intellectuellement. C’était très agréable. A l’approche d’une période où je sors des rails de mon petit univers, il commence à s’affoler, veut tout régenter, tout sous contrôle tout de suite, tout en transformant un choix à faire en cas de conscience : je prends trop au sérieux une confrontation entre conviction et réalité. Il va pourtant bien falloir que j’arrête une décision assez rapidement. Est-ce que la nuit saura me porter conseil ? Je l’espère. En attendant, courte ritournelle.

Je mentalise
Une menthe à l’eau
Pour lâcher prise
C’est rigolo
Avant la crise
sous le chapeau

 

 

 

Savoir se poser

J’ai mon bracelet pour me le rappeler : « carpe diem », mais parfois ce n’est pas suffisant. Je crois me poser, mais en fait ça cogite toujours dans ma tête.

Ce n’est pas facile de prendre du temps pour soi, de se poser pour de vrai. Bien-sûr il y a les rendez-vous bien-être : massages, réflexologie plantaire, shiatsu et autres techniques que je ne connais pas. Ce sont des moments de détente qui font du bien, mais après ? Une fois repris la voiture et rentrée chez soi, au bout de combien de temps le mental reprend le gouvernail ? Un peu trop rapidement. Hop, hop, hop ! Voilà, c’est reparti ! Au boulot, planning, ne pas oublier ça et t’as vu tout ce qui traîne ? Oui, mais j’avais dit que ce n’était pas ma priorité. N’empêche, ça traîne. Pfffff. Quand l’ego s’en mêle, c’est galère puissance 12. (Et pourquoi douze ? Parce que ! C’est le nombre qui vient.)

J’ai beau savoir qu’il est nécessaire de se poser pour se ressourcer et pouvoir ensuite bondir et rebondir, les conseils de pause détente finissent par sonner comme des injonctions stressantes. Oui, je veux bien me poser, mais comment j’arrête le petit vélo dans la tête (qui couine aussi en plus des fois) ?

A vrai dire, j’ai bien quelques trucs pour faire des parenthèses.

Respirer.
On oublie souvent qu’on respire et c’est bien dommage. Respirer en conscience permet de se centrer, de s’ancrer. J’ai affiché quelques mots de Thich Nhat Hanh dans les toilettes.

La plénitude de l'instant

Ecrire trois pages le matin.
Il s’agit de l’exercice phare tiré de libérez votre créativité de Julia Cameron, rebaptisé « douche cérébrale » par Jean-Jacques Crèvecœur, car c’est le but de l’exercice : écrire tout ce qui vient pour se libérer la tête. Ça ne vient pas toujours facilement, mais ça fait beaucoup de bien. La première fois que j’en ai entendu parler, l’exercice m’a paru impossible : écrire trois pages, comme ça sur rien, sans sujet, juste pour écrire… Non ! Envisagé sous l’angle d’une douche cérébrale, il devenait autrement intéressant et je l’ai adopté.

Méditer.
Grâce aux parcours de méditation de Deepak Chopra, je me pose plus ou moins vingt minutes par jour pendant vingt-et-un jours. Plus ou moins parce qu’il arrive à mon mental de n’en faire qu’à sa tête… Des fois, il veut bien se poser un peu.

En fait, j’ai l’impression que plus je prends le temps de faire des pauses, plus mon cerveau s’emballe après. Comme s’il avait besoin de se sentir exister. Qu’il ait besoin d’activité, je l’entends bien et je l’aime mon cerveau quand il m’entraîne sur les chemins de la réflexion, ou de l’analyse, qu’il crée un pont entre deux idées. Mais qu’est-ce qu’il me fatigue à ne pas savoir s’arrêter, à s’agiter, à s’affoler, à tourner en roue libre ! Alors je le distrais, ce qui me fait perdre mon temps et remplit mes chaussures de petits cailloux : autrement dit, j’ai des scrupules ! Ah la la la la !
(Je dis ça juste en passant : si tu n’avais pas passé du temps à faire défiler les publications de ta page d’accueil sur facebook, tu n’aurais pas eu connaissance de l’étymologie de scrupules… Ok, je te l’accorde.)

Je me demande s’il existe un truc infaillible pour le calmer…

Contempler un chat dormir.

Rien de plus apaisant que de contempler un chat qui dort. Si ! Partager ce moment avec lui. Avec eux. Je me souviens de ce moment magique, malade mais entourée de trois boules de poils qui veillaient mon sommeil.

Haïku_160410

Les chats.
Ils me rappellent le message d’une méditation de Deepak Chopra : être ici est suffisant. Faire une pause c’est expérimenter de ne rien faire, ne rien penser, ne rien dire, juste être dans la gratitude du fait d’être vivant-e.

Namasté