L’autre jour, je suis retombée sur ça

Le swing du crapaud (novembre 2008)

Chers auditeurs et -trices, c’est l’émeute ici ce soir dans notre studio où nous recevons pour la première fois le duo le plus époustouflant de l’époque — et en ces temps sombres, nous en avons grand besoin —, le groupe ovni tombé d’on ne sait z où, les chantres du grand n’importe nawak, qui enflamment les ondes dès les toutes premières notes. Mesdames et messieurs du public du studio 412, chers auditeurs, chères auditrices, ils sont là pour vous ce soir. Je vous demande de les accueillir comme il se doit avec leur cri de ralliement : CRE CRE CROA… Les voici, les voilà : LE SWING DU CRAPAUD !

Ah CRE, Ah CRE, CROAAAAAAAA !
CRE CRE CRE CROAAAAAA !

C’est le cri, le cricri
Du grigri du grillon
Qui écrit le crayon
Le p’tit cri tout petit
Du grigri du grillon
Tout petit le grillon
Enervé, isolé, rissoléééééééééé
Ah non, ah non, ah non
Ah bon ?

C’est le cri du grigri
Le p’tit cri du grillon
Grignotant des marrons
Le grigri le grillon
Réveillant le crayon
De son cri si p’tit cri
De grigri de grillon
Cri de détreeeeesssseeeeeee
Oh tu me brises la mine là !
LA !

C’est le cri, le cri bref
De détresse du crayon
Qui a l’bourdon du grillon
Oublié, noire pointée
Le grillon qui décroche
En mode do le grillon
Sur sa portée tout seul
Sous la clé de SOOOOOOOOOOL
Euh, meunière la sole.

Lettre à M*

Chère amie,

A part moi, il n ‘y a pas âme qui vive ici ce soir. Moment de solitude. Mama mia ! Je m’ennuierais, si je n’avais pas pris la plume pour vous écrire ces quelques mots. Un murmure de la main… Mouais… (Je m’essaye aux allitérations, mais c’est moyen…)
Le chant mélodieux des moineaux m’accompagne. Du miel pour les oreilles. Moment musical… Me revient en mémoire des mots sur Music for a while : la musique pour un moment où l’on fait abstraction de tout. Moment magique…

Le printemps est arrivé sort de ta maison !
Voilà ce que pourrait signifier le chant des moineaux et autres oiseaux. Seulement ce mois de mai est un peu frais pour ne pas dire froid. Normal : j’ai crû que la chaleur allait s’installer et j’ai rangé la couette d’hiver pour la remplacer par une plus légère… J’aurais pu attendre. Ce soir, j’ai un gilet sur le dos.

Change de ciel, viens voir la terre, voir le soleil et les rivières !
C’est étrange cette sensation d’entendre des messages dans les pépiements, mais j’aime ! Quelle merveille ! C’est du baume au cœur. Merci ! Et ça continue…

Chasse au loin la détresse, laisse entrer le printemps, le temps de la tendresse et de l’apaisement.
Oh ! j’en suis tout émue ! Voyez comme ce moment est magique : je prends la plume pour vous écrire et c’est moi qui reçois un message ! Je vous le transmets,  vous me direz ce que vous en pensez.
Je m’étais dit que j’écrirais tant que je n’aurais pas à allumer la lumière. Nous voilà entre chien et loup. Je vous dis à bientôt.

Bien à vous,

Mélanie

*Exercice d’écriture avec des phrases introductives extraites de chansons en italique : Michel Fugain, Le Printemps ; Claude François, Viens à la maison ; Hubert Félix Thiéfaine Trois poèmes pour Annabel Lee

Le mot du jour : musique

Le mot du jour m’a été inspiré en début de soirée — il était temps — par la vidéo d’une formidable musique kurde partagée sur Facebook et qui donnait fort envie de danser. Je n’ai pas la référence. Dommage.

La musique c’est « l’art des muses » , qui, dans la mythologie antique, intervenaient dans les banquets des dieux comme musiciennes et qui étaient au nombre de neuf. Heureux hasard, musique est le neuvième mot du jour que je publie, mais il ne sera pas question ici de la neuvième symphonie.

Là, j’entends France Gall « Musique… et que chacun se mette à danser » ah non « à chanter, et que chacun se laisse emporter… » Chanter, c’est bien aussi. D’ailleurs, je pourrais fredonner d’autres mélodies, bien que ça ne s’entende pas dans un texte.

Quand la musique est bonne… De JJ Goldman

Trois petites notes de musique… que je connais chantée par Yves Montand, mais vérification faite, la version originale est interprétée par Cora Vaucaire dans un film de 1961, Une aussi longue absence d’Henri Colpi. D’autres reprises existent, dont l’une par le Trio Patrick Bouffard avec Anne-Lyse Foy au chant. J’aime bien les découvertes et les surprises en cours de rédaction.

Music for a while de Purcell

Music was my first love de John Miles.

Mais est-ce que je ne vais faire que citer des titres de chansons ? Allez, une petite dernière qui vient, de France Gall à nouveau :

Tout pour la musique

Je conclurais bien par une citation, si j’arrive à choisir… Ce sera deux. La première parce que j’aime bien les chats aussi, même s’ils peuvent être source de tracas (notamment en venant miauler quand on essaie de terminer une chronique avant minuit. Bon, là, c’est raté) :

« Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats. »

Albert Schweitzer (1875 – 1965)
Artiste, Médecin, Musicien, Philosophe, Scientifique, Théologien

Et la seconde, d’un philosophe grec — ce qui nous ramène à « l’art des muses » .

Platon

 

 

 

Guéri son au violon

[Défi une pastille par jour 75/100]

Si vous avez du vague à l’âme

Si ça vous pique comme une lame

Si en vous ça fait un grand flop

Oubliez les mélodies pop

Ne cherchez pas d’explications mathématiques

Mais imprégnez-vous d’un de ces airs de musique

Qui se déploie sur le bourdon

Ecoutez jusqu’à l’abandon

Fini le brouhaha épais

Votre cœur ravi est en paix

Bien enraciné tel un arbre

Vous ne vous sentez plus de marbre

Vous avez retrouvé la fluidité de l’eau

Prêt à chanter, danser, quel merveilleux tableau !

Dans le brouillard sur les pas de l’ours

En regardant par la fenêtre mardi matin, je me suis demandée si le brouillard pourrait faire l’objet d’une chronique. J’aime bien le brouillard. Un peu à l’instar de l’étranger de Baudelaire qui aime les nuages. Le brouillard me fait penser à un univers de conte.
Il était une fois…
Ça pourrait faire un bon sujet, à condition d’être capable d’écrire assez de pages à mettre en ligne…

Brouillard

Dans le brouillard, les mots ne s’assemblent pas en phrases. Vaporeux, ils se présentent plutôt en forme de nuage. Un nuage qui aboutirait en poème ?

Dans le brouillard
Colin-maillard
Un feu follet
Où, s’il vous plait ?

Oui, bon.

Un nuage de mots-clés ?

Brouillard,   nuage de mots,   cocon,   hiberner,   caverne,   ours

Mouais, reste à voir comment je les articule.

Enveloppée par le brouillard, je me sens comme dans un cocon mais ce n’est pas demain la veille que je vais me réveiller papillon. A l’approche de l’hiver, je serais plus tendance hibernation.

Voilà. Mon côté ours se révèle dans toute sa splendeur. Bonne nuit les petits ! Pom, pom, pom, pom, pom…

De l’ours qui fredonne à celui qui danse, il n’y a qu’un pas…

la do la do si sol sol

La Danse de l’Ours est un air traditionnel. Une mélodie pour les pieds qui donne des airs de plantigrades aux danseurs. Pas chaloupés un peu patauds. Enfin, dans mon idée. Parce qu’en cherchant une illustration sur le net, je suis tombée sur des versions plus vives, plus dynamiques que ce que j’avais en tête. Par exemple là. Rien à voir avec le morceau qu’on apprend en atelier débutant. J’ai retrouvé la partition et ressorti la flute. Ouh que c’est dur ! Comme mes doigts sont gourds ! En même temps il y a bien longtemps que je n’ai pas joué. Je repense à un propos de Jean-Jacques Crèvecœur dans sa vidéo Je suis libre : c’est en jouant régulièrement des suites de notes qu’on se fait les doigts et qu’on acquiert la faculté de jouer librement de la musique. Malgré toute la bonne volonté du monde, et l’enthousiasme de Jean-Jacques Crèvecœur, une suite de notes, ça peut sembler, à un moment, laborieux et rébarbatif. Jouer un petit air ça reste chouette et motivant. Il n’empêche que l’assiduité est nécessaire. Aujourd’hui, on va dire que je fais des gammes dans un autre secteur, mais ce n’est pas le sujet. Revenons-en à nos moutons, c’est-à-dire à notre ours, le « mangeur de miel » dans sa dénomination russe.

Parenthèse lexicale : si en russe, on appelle l’ours « mangeur de miel » , d’où vient le nom en français ? D’une racine fort ancienne, mais mon Robert Historique précise une chose tout à fait intéressante :

Le baltique, le slave et le germanique ont remplacé cette racine par des mots nouveaux à la suite d’interdictions de vocabulaire ; en effet l’ours, dans certaines culture, est un animal redouté dont le nom fait l’objet d’un tabou lié à la chasse.

On apprivoise là l’animal sauvage en l’appelant « mangeur de miel » , comme on appréhende ici le petit mammifère carnassier, détourné de ses méfaits, en le dénommant belette, c’est-à-dire « petite belle » . C’est fascinant l’histoire des mots.

SN_1994

Je ne sais pas comment on dit ours en Benniwah, dont un conte introduit le roman La Danse de l’Ours de James Crumley, toujours est-il que ce conte amérindien, parle d’ours qui savent tout du miel sans rien savoir des abeilles, et d’un jeune homme pacifique du nom de Chilamatscho — Le Rêveur éveillé — qui fait danser les ours.

Je ne saurais raconter ce roman. C’est noir, c’est beau, et plein d’humanité. Comme tous les romans de James Crumley, l’impression qu’il me reste de ses lectures. Un plein d’humanité concentré dans une belle âme qui illumine la noirceur crasse du monde.

Je le relirais bien, ce roman, cocoonant à la maison par temps de brouillard.

VI-6

Six.
Noir.
Silence.
Quoique.
Y a comme un bruit sourd. Léger, mais un bruit sourd. Mon oreille est tendue au maximum : un bruit de va et vient. Ça s’éloigne, ça se rapproche, ça s’éloigne, ça se rapproche. J’accompagne le mouvement. On dirait… Ah mais oui, je suis assise sur le balancier d’une pendule géante. Zim, zoum ; zim, zoum ; zim, zoum. Çe me donne le tournis et mal au cœur. Stop ! Je veux descendre !

Je ne distingue rien, mais il me semble que l’unique porte de sortie se situe en dessous. Je plonge ? Je plonge. Vol plané dans un trou noir ! Olé ! C’est étrange de glisser dans un trou noir. On ne voit strictement rien. Du coup on n’a pas peur de la chute. Jusqu’ici tout va bien…

Gloups ! Me voilà aspirée par un tube transversal. Ah ben, à l’horizontal, pas moyen de se laisser porter. Besoin des jambes pour se déplacer. Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais.

Tiens, une flèche orange qui clignote et juste en dessous un vélo rouge qui semble n’attendre que moi. Je l’enfourche. Oh, rouillé le vélo, il couine drôlement. Je pédale malgré tout dans la direction de la flèche. Ça monte, ça descend, c’est vallonné dans le coin… Et je suis bien contente, car je ne suis pas du tout essoufflée, je n’ai même pas mal aux mollets. Je pédale à l’aise sur un sol meuble, comme de la semoule, avec la flèche clignotante au-dessus de la tête.

C’est étrange tout de même cette impression d’avoir perdu quelque chose. Quoi au juste ? Je n’ai plus aucun repère ! Pourtant ça ne m’empêche pas de continuer de pédaler encore et encore. Jusqu’à un stop surgi de nulle part. Il y a une bouche de métro juste en face. La suite en métro ? C’est ce que semble indiquer la flèche. Pas mal le métro, plus rapide que le vélo. Encore faut-il un ticket pour accéder au quai… Il y en a justement un dans une sacoche du vélo rouillé. Un beau ticket tout neuf, bien rectangulaire, avec « ligne C » marqué dessus. Un ticket qui n’attend plus que d’être composté. Tchlac ! Voilà. C’est fait.

Le métro c’est rapide à condition d’être dans la rame. Je me demande s’il en passe souvent par ici. En attendant, je scrute alentour. Personne d’autre que moi. Et pas de rame en vue. Ah si ! Je l’entends qui s’approche ! La voilà. Une rame spacieuse, rien que pour moi. Je m’installe et, pas le temps de dire ouf, je suis déjà au terminus. La porte s’ouvre face à un escalier roulant en colimaçon, qui monte, qui monte, qui monte… jusqu’à une place : Gui Liguili est-il écrit sur un panneau. Au milieu de la place un magnifique cadran solaire et, assis en son centre un vieux monsieur, tout de blanc vêtu, pensif. Dès qu’il m’aperçoit, il me fait signe d’approcher.

– Quelle heure lisez-vous ?

Je regarde l’ombre sur le cadran :

– 12H30.

– Bien. Nous sommes d’accord. Vous avez une idée du temps que vous avez mis pour arriver jusqu’ici ?

– Aucune…

– Je vais vous le dire : 44 ans.

– Euh… Ah bon…

– Ma chère enfant — permettez que je vous appelle ma chère enfant — vous avez bien 44 ans ?

– Oui, mais…

– Donc, si l’on part de votre venue au monde, on peut considérer que vous avez mis 44 ans pour venir à ma rencontre. Bien sûr, si l’on considère le moment où vous avez plongé du balancier il ne faut plus compter qu’une heure trois quarts. Mais saviez-vous à cet instant que vous veniez vers moi ? Non. Pas plus qu’au moment où vous avez poussé votre premier cri… Bref, quoi qu’il en soit, vous êtes là maintenant. Pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté : Maestro Nome.

– Enchantée, Maestro, moi c’est…

– Ma chère enfant. Je le sais. Bienvenue ma chère enfant, je suis content que vous soyez là. Je n’ai pas beaucoup de compagnie, voyez-vous. Je manque de distraction… Sachez qu’il n’est pas donné à tout le monde de me trouver. Beaucoup de gens ne me cherchent pas non plus d’ailleurs. Je n’existe pas pour eux. Ils courent, arrimés aux rails du temps. Je les vois filer sans se poser de questions. Regardez par là.

– Où ?

Je m’approche de Maestro Nome et regarde dans la direction qu’il m’indique :

– Là, juste en dessous. Vous voyez la mécanique ? Ça roule plus ou moins vite, mais les engrenages sont bien huilés. Il y a un équilibre général. Un équilibre né du chaos. C’est harmonieux, n’est-ce pas ?

A travers le sol vitré, je vois la Terre en activité : des gens qui travaillent, des gens qui circulent, en voiture, en métro, à pieds, à cheval, en bateau à voile… Ça fume dans certains cerveaux, d’autres, par  contre, sont au repos. Tiens, ça explose même par endroit. La guerre, une activité parmi d’autres. Vu d’en haut, se dégage effectivement une harmonie de ce qui peut apparaître comme un capharnaüm au premier abord. tout s’accorde finalement.

– Impressionnant n’est-ce pas ? Pour me distraire, je compose des airs du temps. Ecoutez.

– C’est drôle, ça ronronne.

– Oui, mais encore. Ecoutez mieux.

Je ne peux pas être plus ouïe :

– Ah oui, du ronron, s’envolent une multitude de phrases, comme des gouttes de pluie qui rebondiraient. Ça sonne contemporain.

– Evidemment, c’est aujourd’hui.

– Et il n’y a jamais de fausses notes ?

– Non, ça frotte un peu parfois, mais mêmes les couacs sont harmoniques. C’est un réseau formidable, fragile certes, mais où tout se tient. Les changements de rythme sont fins, ils influent les rouages en douceur. Difficile de gripper une telle machine. Quoique. Je m’inquiète un peu de cette montée crescendo. La transition du tutti forte au pianissimo risque d’être brutale.

J’ose une question :
– Vous faites quoi exactement ?

– J’observe.

– Vous observez… Et c’est tout ?

– Quasiment. Observer le monde tourner est mon activité principale. Je compose aussi de temps à autre. Je prends aussi les rendez-vous pour Chronos. Ça vous intéresse ?

– Un rendez-vous avec Chronos ? Et comment, ça m’intéresse ! Je veux bien le rencontrer dès que possible et même tout de suite, puisque je suis là.

– Ouh, un peu de calme, ma chère enfant. Il a un emploi du temps bien rempli. Ronronnant, mais bien rempli.

– Certes, mais je ne sais pas quand ni même si je vais pouvoir revenir…

– Ne prenez pas cet air désolé. Je consulte l’agenda. Ah, je peux vous prendre un rendez-vous pour hier.

– Comment ça pour hier ?

– N’oubliez pas que le temps est relatif et que Chronos en est le maître.

– Eh bien justement, ne pourrait-il pas suspendre le temps un instant pour me recevoir maintenant ?

– Qu’est-ce qu’un instant hors du temps ? Même Chronos — qui est au-dessus du temps — n’a pas de réponse à cette question. Le monde est dans le temps, ma chère enfant. Enfin, je veux dire  dans des temps, car les perceptions humaines du temps sont assez élastiques, malgré les mesures. Cinq minutes peuvent paraître quelques secondes ou une éternité. Une année, ce n’est pas grand chose et c’est beaucoup à la fois. Le temps est particulier à la vie de chacun. Vous me suivez ?

– Je ne suis pas sûre… Moi, je suis où ?

– Vous devriez plutôt demander quand.

– Où dans le temps, oui, c’est ce que je voulais dire.

– Sauf que le temps n’est pas l’espace.

– Peut-être, et justement, c’est même la raison pour laquelle on ne peut pas revenir en arrière et prendre rendez-vous pour la veille.

– Ah, ma chère enfant, comme vous êtes limitée par votre logique spatio-temporelle ! Le temps a un avant et un arrière. Vous remontez votre montre ? Eh bien, ici, on remonte le temps. Les rendez-vous avec Chronos peuvent se prendre pour la veille, voire pour l’avant-veille. Je vous marque pour quand ? Dans la soirée ? Minuit et demie, ça vous va ?

L’esprit flou, à bout d’arguments, j’accepte le rendez-vous pour hier, tout en lui faisant remarquer que passer minuit, on est le lendemain…

– Si c’est le soir c’est la veille. Le lendemain, c’est quand vous vous levez.

Qu’est-ce que je peux répondre à ça ? Rien. J’acquiesce, mais lui demande où je dois rencontrer Chronos.

– Comment où ? Vous l’avez déjà rencontré ! Le rendez-vous s’est-il bien passé ?

– C’est-à-dire que… Oui. En fait oui. Ça a été une très belle rencontre.

C’est bizarre. Les souvenirs se constituent dans ma tête au fur et à mesure que je les raconte.

– Il est drôle et sympathique. Il

Maestro Nome me coupe la parole en me tendant la main.

– Bien, bien, bien. Ma chère enfant, j’ai à faire. Heureux d’avoir fait votre connaissance.

Je lui serre la main qu’il me tend.

– Merci. Heureuse de vous avoir rencontré. Au revoir.

– Adieu.

Je quitte le cadran et m’en retourne vers l’escalier roulant en colimaçon quand j’entends la voix de Maestro Nome.

– Non, pas par là. Prenez la ligne directe. Suivez le bip.

– Le bip ?

Retentit alors une sonnerie stridente. Je me bouche les oreilles, tout se met à tourner autour de moi, je me sens aspirée dans une spirale. Une éternité. Une fraction de seconde. Et me voilà assise sur une place vide, un réveil sur les genoux. J’appuie sur le bouton pour faire taire la sonnerie.

Silence.
Jour.
Il est 15H06.
Le dé s’agite dans ma poche.

L’aventure est toujours belle quand elle est musicale

Si quelqu’un m’avait dit un jour que je chanterais du Purcell, je ne l’aurais pas cru. D’abord c’est qui Purcell ? Henry Purcell compositeur anglais du XVIIe siècle, auteur de Music for a while.
Fermer les yeux, ouvrir grand les oreilles.
Pendant un moment, oublier les obligations, les aléas, les soucis, les désagréments de la vie. C’est beau quand c’est explicité par Claire Delgado Boge, conceptrice du spectacle « Alors tu chanteras ». Parce qu’on n’est pas tout de suite sensible à cette dimension quand on déchiffre la partition et qu’on s’attache à articuler les syllabes, tâche d’autant plus difficile quand on n’a pas l’anglais en bouche, ni le rythme du morceau dans le corps.

Le temps d’une parenthèse, être dans l’écoute de la musique, qu’elle fasse pétiller chaque cellule.
La magie de la musique.

La parenthèse musicale dure depuis plusieurs jours à Radio France, en grève illimitée dans le but de peser sur le Contrat d’Objectifs et de Moyens actuellement en négociation entre la direction et l’Etat. Un contrat d’objectifs et de moyens, COM pour les intimes, qui sonne très enfumage managérial visant un seul but : la baisse des coûts le gain de productivité, autrement dit un Contrat Objectif Moins de moyens, l’Etat montrant d’avantages de bienveillance à l’égard des entreprises privées qu’à l’égard du service public et de ses concitoyen-nes. On a pourtant nettement plus besoin de festivals et d’espaces culturels que de magasins ouverts la nuit ou le dimanche. On a bien plus besoin d’artistes et de technicien-nes de spectacles que d’employé-es de commerce…

Music for a while

Je n’avais, jusqu’à ce que je me lance dans cette aventure, aucune expérience en chant lyrique. Mon répertoire est traditionnel. Je l’ai rencontré à l’occasion d’un forum des associations, il y a quelques, voire un certain nombre d’années, alors que je cherchais une chorale après avoir fait l’expérience étonnamment heureuse d’une soirée karaoké dans laquelle m’avaient entraînée des amies. Là encore, si quelqu’un m’avait annoncé plus tôt que je chanterais un jour, je ne l’aurais pas cru. Bref.

Quand un camarade de l’atelier chant du Folk des Terres Froides a présenté ce projet d’ensemble vocal devant accompagner un spectacle dans une commune voisine, j’ai dit oui, enchantée par l’expérience nouvelle. J’ai déchanté ensuite angoissée par le répertoire. J’ai hésité à m’inscrire et puis, rassurée et soutenue, j’ai osé me lancer (les autres ont plus confiance en moi que moi…).

Le projet a été proposé dans chaque lieu où le spectacle est programmé, mais comme il n’y avait pas assez de chanteuses et chanteurs inscrits à chaque fois, celles et ceux qui le souhaitaient pouvaient participer à plusieurs dates. La première était jeudi dernier. Nous nous sommes retrouvés à une vingtaine de choristes pour accompagner Claire, Judith et Anaïs, à trois moments du spectacle. Quelle expérience ! Quel bonheur d’être là ! Même si je faisais plus de figuration que je ne donnais de la voix : de ma bouche ne sortait en effet qu’un filet minuscule — pas du genre à faire tomber un mur en Placo, même après des années d’infiltration (mais je m’égare) — un filet à peine audible, sans coffre, sans souffle, sans résonateurs. Rien qu’un filet désincarné. Tout le travail de pose de voix et de respiration, pffffft, envolé.
Avant le concert, j’avais un peu peur d’avoir la voix nouée par l’émotion, étant parfois émue aux larmes par la musique, mais là j’étais tellement corseté par le trac que non.

J’ai retrouvé mon aise et ma voix sur la route du retour, en entonnant mon répertoire habituel. J’espère les conserver pour les représentations à suivre. En tous cas, je vais m’atteler au travail d’ancrage nécessaire pour y parvenir. Il serait dommage de ne pas réussir à donner de moi-même, à partager pleinement ce moment de musique.