Le mot du jour : nuage

En voyant le ciel en fin d’après-midi,

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j’ai pensé au poème de Baudelaire :

— J’aime les nuages… les nuages qui passent… Là-bas… Là-bas… Les merveilleux nuages.

Baudelaire, Le Spleen à Paris, « L’étranger »

Mais Baudelaire n’est pas le seul à avoir célébré le nuage, « proprement “ensemble de nues” [qui] a remplacé nue et nuée pour désigner en général toute formation bien délimitée de vapeur d’eau dans l’atmosphère » (pour citer la définition donnée par le Robert Historique).

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J’ai découvert d’autres textes enchanteurs dans le  Dictionnaire culturel en langue française :

Les nuages parfois
Viennent reposer les gens
D’admirer la lune.

Matsuo Bushô, Haï-Ku,
Trad. K. Matsuo et S. Oberlin.

* * * * *

Je suis restée sous le charme […] d’un immense nuage d’une belle teinte rose tellement irréelle que l’on aurait dit un sourire, un salut venant d’horizons inconnus. J’ai éprouvé comme une libération et, sans le vouloir, j’ai tendu mes deux mains vers cette apparition magique. N’est-ce pas que la vie est belle et vaut la peine d’être vécue quand elle nous offre de telles couleurs et de telles formes.

Rosa Luxemburg, Lettres de prison,
1916-1918, trad. Aubreuil.

* * * * *

Les nuages nagent comme des enveloppes géantes
Comme des lettres
que s’enverraient les saisons […]

Ismaïl Kadaré, Poème d’automne,
trad. Métais, dans Montreynaud.

* * * * *

Nuages bas servent de presse-papier au vent.
Le nuage est un parapluie d’eau, que baleine le vent.

Malcom de Chazal, Sens-plastique,
dans Littératures francophones de l’océan indien,
p.103

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Les cartons du grenier

Quand mon frère (car, oui, j’ai un frère) m’a demandé s’il pouvait monter dans le grenier récupérer le trains électriques de son enfance, je lui ai proposé de descendre tous les cartons qu’il pourrait trouver là-haut. Je croyais qu’y étaient stockées quantités de jouets dont les poupées de mes noëls de petite fille et le landau qui va avec. J’ai été surprise de constater qu’il y avait surtout des cartons lourds et poussiéreux, remplis de livres et de cours. Et puis un berceau en morceaux. Tiens donc, un berceau ? Je n’en avais aucun souvenir.

Nous l’avons monté pour vérifier s’il n’en manquait pas un bout. Je me suis dit qu’un chat pourrait dormir dedans. Ce serait rigolo, un chat, pas trop gros, dans le petit berceau… A condition que l’une ou l’autre minette poids plume accepte de se glisser dedans. Il semblerait que non. J’ai nettoyé l’ossature, lavé le voile, ajouté une couverture, mais aucun chat n’est allé s’y coucher à ce jour. La banquette, les oreillers et la couette sont bien plus confortables et plus stables. Du coup je me demande quoi en faire de ce berceau aux airs de berceau de Belle aux bois dormant au-dessus duquel les fées viennent se pencher au début du conte.

Dilemme : conserver ou jeter ?

La question se pose aussi pour l’ensemble des affaires sorties du grenier. Pour mon frère c’est simple : y a qu’à tout jeter. Oui, mais… Je jetterais bien un œil dedans avant. On a donc tout descendu à la cave, le temps de trier. Rapidement. Non, parce que je n’ai pas vidé une partie de la cave l’année dernière pour la remplir à nouveau.

En ouvrant les cartons, j’ai été surprise de découvrir qu’y étaient contenues mes années scolaires, de la maternelle (sans les dessins au dos de grandes feuilles de tapisserie) au lycée. Quinze années d’enseignement en cartons ! Et qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ? Je ne compte pas vérifier. Je ne vais pas me replonger dans les formules mathématiques, mes premières lignes d’écriture, les leçons d’anglais ou d’allemand, ni même de latin. N’empêche, je ressens un pincement au cœur de jeter tout ça à la poubelle… Même si c’est la jaune (la poubelle de recyclage). Je ne compte pas tout revoir, mais je feuillette un peu…

Je me souviens des fleuves dessinés par la maîtresse au tableau et recopiés dans le cahier d’éveil. Je me souviens les avoir dessinés avec application, par contre je ne me souviens absolument pas des affluents.

J’ai mis de côté les cahiers de poésies que j’ai retrouvés pour m’en faire un « super cahier » . Je me souviens de quelques unes. Je me souviens qu’on les illustrait sur les pages blanches entre les pages à carreaux. Je me souviens… Ah non, je croyais que la première poésie que j’avais apprise était « une fourmi de dix-mètres » de Robert Desnos sauf qu’elle n’est pas dans le cahier de CP ! De quand date-t-elle alors ?

J’ai mis de côté aussi les rédactions du collège histoire de relire ce que j’écrivais quand j’avais douze ou treize ans. Et les dissertations du lycée ? Je n’ai pas encore remis la main dessus, mais elles m’intéressent moins. Je suis moins curieuse de les redécouvrir.

Dans le carton le plus lourd, il y avait des livres. Des lectures d’enfant : histoires illustrées, Bibliothèque Rose, Bibliothèque Verte, et des bandes dessinées.

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Quelques livres sortis du carton

Tout un trésor que je ne savais pas caché là-haut sous les combles. Je me souviens des titres, des couvertures, mais pas du tout des contenus. Même pas des histoires de Fantômette qui était pourtant ma série de prédilection !

Je me souviens par contre de Jean le Veinard.

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Je m’en souviens très bien parce que je ne comprenais pas comment ce Jean pouvait être heureux de se retrouver sans rien, ayant perdu au fil de l’histoire, un peu plus de valeur matérielle à chacun de ses échanges (un lingot d’or gros comme la tête contre un cheval, un cheval contre une vache, une vache contre un cochon, etc…). Je me disais : « Mais ce n’est pas possible, qu’il est bête ! » Je ne saisissais pas le message de la fin : sans plus aucune possession matérielle, il était libre.

Je suis beaucoup plus sensible à ce message aujourd’hui, même si j’ai encore des difficultés à me libérer des choses matérielles…

Dans le carton de livres, il y avait aussi mon premier dictionnaire, bien avant le Robert : Le Dictionnaire actif Nathan, sous sa couverture de plastique bleu !

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Mille mots illustrés en couleurs, sans « amour » , ni « cœur » , ni même « enfant » , mais avec le mot « autoroute » (entre l’automne et l’autruche) !

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Un dictionnaire de mille mots ? L’outil dont j’avais besoin pour jouer au jeu du S+7 ! Et donc, voilà, une chanson sans queue ni tête, ni plus aucunes rimes.

L’os et l’épouvantail

Comme un épouvantail aux oranges de maillot
Qui voit passer au loin les os
Comme l’os bleu survolant le tonnerre
Vois comme la moule, la moule est belle

Beau le beurre, dansant sur la veste
Ivre de violon, d’antiquaire et de ville
Beau le chasseur naissant de la veste
Abandonné au sapin blanc

Blanc le jardin, le secret de la pomme
Qui en chantant invente l’antiquaire
Pour que le violon s’habille de fille
Et que l’oignon se change en kangourou

Kangourou d’un violon où l’averse se lève
Pour réveiller le voile aux oranges lourdes
Où les mers effeuillent les roitelets
Pour nous donner une moule d’antiquaire

L’antiquaire c’est toi, l’antiquaire c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi

Moi je ne suis qu’une forêt de l’ours
Qui voit briller le faire-part du soulier
Toi mon faire-part qui tisse ma rue
Viens allumer mon souterrain noir

Noire la mouche, les immeubles et le hameau
Qui croient tenir les rivières des toilettes
Pépin d’antiquaire n’a pas de gare
Pour ceux qui ont une comptine d’épouvantail

Comme un épouvantail aux oranges de maillot
Qui voit passer au loin les os
Comme l’os bleu survolant le tonnerre
Nous trouverons cette moule d’antiquaire

L’antiquaire c’est toi, l’antiquaire c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi

Recette pour un jeu littéraire

Quand on manque d’inspiration, de disponibilité, d’endurance pour écrire au long cours, on peut s’octroyer un temps de jeu avec les mots.

(1) Prenez un mot. Un mot qui vous émerveille, vous évoque un souvenir, vous rappelle une belle expérience vécue récemment peut-être… Clown. Gardez-le au chaud dans le cœur, ce sera le sujet.

(2) Saisissez une poignée de mots relatifs à un événement particulier. Découpez-les en d’autres mots : joie – yeux – Anne – hiver – serre – cas – dos. (Attention, une fois le choix arrêté, on n’y revient plus et tant pis pour l’histoire de l’âne et du cerf, ce sera pour une autre fois.) Mélangez.

(3) Cherchez des rimes, au fil de l’écriture.

(4) Donnez un titre à votre poème.

Et voilà !

Mademoiselle Anne

Quand elle arrive sur la place, personne n’en fait cas,
Jusqu’au moment où elle fait tomber sa parka.
Alors une flot de couleurs émerveille les yeux,
Son costume arc-en-ciel est tellement lumineux !
Il éclaire les esprits et réchauffe l’atmosphère.
Sur la petite place, par moins deux, en hiver,
Elle fait mouvoir son corps au milieu des badauds :
Ondulations des bras, des épaules et du dos
Souple, des pieds à la tête, son corps vole, se déploie.
Les badauds, attendris, sont gagnés par la joie
De la clown dansant sur un air imaginaire.
Elle a adouci le froid, mis la place sous serre.
Un bouquet de magie et de grâce que l’on glane,
De la poésie offerte par Mademoiselle Anne.

 

X – 1 Violette

Un.

Oh ! Me voilà dans les alpages. C’est beau ! Herbe verte, petites fleurs et papillons, le cadre est bucolique à souhait. Je respire à pleins poumons l’air pur et vivifiant et puis je me demande où sont les moutons ou les brebis. C’est obligé qu’il y en ait dans un tel environnement. Enfin, ça me paraît plutôt logique. Alors, allons voir… par là ! Du côté du ruisseau, au pied de la drôle de colline qui émerge derrière les sapins.

J’ai l’impression étrange que la colline respire… Je l’observe à distance respectable à l’abri d’un rocher. Le ruisseau court gentiment en chantant. Derrière les sapins, la masse informe que je prenais pour une colline a un visage encadré de cheveux arc-en-ciel. Une géante assoupie ! Une ogresse peut-être ! Surtout ne pas la réveiller. Elle n’a pourtant pas l’air méchante. Plutôt douce et sympathique. Plongée dans un joli rêve sans doute. Tiens, elle sourit. J’ai très envie d’aller la voir de plus près…

Je m’approche du ruisseau, le traverse, ah ! c’est froid. Qu’est-ce qui me chatouille le pied ? Hi, hi, hi ! Ah ! La géante a bougé. Elle se réveille ! Je rebrousse chemin. D’un bond, me voilà sur la rive, je retourne au rocher.

La géante baille, s’étire, ouvre les yeux. Elle s’assoit, non sans écraser quelques sapins devant elle. Elle dégage une telle quiétude émerveillée… Elle sourit, s’étire en baillant, soupire d’aise et se met debout. Elle est immense. Je me tasse derrière la pierre. Elle semble chercher quelque chose… Je la regarde. Ses yeux couleur de miel s’arrêtent sur le rocher. Aïe, aïe, aïe ! Je suis découverte ! Je me terre, et puis j’entends sa voix.

– Ah, quel bonheur de se réveiller. Ça faisait longtemps que je t’attendais. Oui, oui, oui, toi, là, tapie derrière le rocher. J’ai entendu ton rire. Je voudrais te remercier. Ne sois pas timide, montre-toi un peu, je ne suis pas aussi impressionnante que j’en ai l’air. Hi, hi, hi.

Sa belle voix grave est rassurante. Je me redresse. Elle me sourit avec gratitude.

– Merci de m’avoir réveillée. Rêver, c’est bien, mais ça manque de concret.

Je reste interdite.

– Je me présente : Violette. Je suis ta puissance. Approche. Sois sans crainte, je ne vais pas te manger. Tu me prends pour une ogresse ? Hi, hi, hi, ah, ah, ah, ah, ah.

Elle rit. D’un rire magnifique. D’un rire cristallin. D’un rire magique. D’un rire enfantin. Je monte sur le rocher. Elle me regarde amusée.

-Je vois. Tu te crois minuscule à côté de moi, mais c’est juste un effet d’optique. Viens par ici, tu verras. Tu n’es pas aussi petite que tu le crois.

Son regard, son sourire, sa voix, la bonté qui émane d’elle me donnent envie de traverser le ruisseau. Pourtant je n’ose pas bouger. Qu’est-ce qui me retient ? Une armure invisible que je sens fondre, fondre, fondre, jusqu’à l’instant où je suis capable de rejoindre Violette (Violette… Comme Retancourt ?). Hop, hop, hop ! Me voilà à son côté.

– Alors, suis-je aussi énorme que ça ?

La voilà à nouveau qui rit. Puis, elle me tend les mains.

– Donne-moi tes mains et prends les miennes… Lalalala la la la la. Ah ah ah ah ah ! Un peit grain de folie, tu n’as rien contre ?

Enfin, j’arrive à articuler une phrase :

– Contre un grain de folie ? Non, rien, au contraire.

Je pose mes mains dans les siennes et je grandis. Je grandis nourrie de son énergie. Elle m’entraine dans une ronde, son rire me gagne. Elle me lâche les mains, je tourbillonne à côté d’elle. Je danse avec ma puissance.

Et puis j’entends une voix. Masculine.

– Puis-je entrer dans la danse ?

Je me fige, surprise. D’où sort ce berger ? Il réitère sa demande courtoisement.

– Accepteriez-vous un pas de deux ?

Je fronce les sourcils : pas de deux… Mais alors, pourquoi il ne me laisse pas danser seule ? Et où est passée Violette d’abord ?

– Pas de deux vous dites ?

– Une danse à deux. Votre joie est communicative.

– Ah oui ?

Valse hésitation… Mais la voix chaleureuse de Violette résonne dans mon cœur : à quoi je sers si tu ne partages pas ? Alors je souris au berger et lui tends la main.

– Allons-y pour le pas de deux qui n’est pas un solo.

Si je lui communique ma joie, il me communique sa bienveillance. Danser en couple s’avère être sympa aussi.

Toute bonne chose ayant une fin, vient le moment où chacun reprend son chemin.

– Merci beaucoup gente dame. Il est l’heure que je rejoigne mon troupeau.

– Au plaisir, charmant berger.

Un signe de la main et le voilà parti. Je m’assois et éclate de rire : quelle journée splendide ! Dans le pré vert, au milieu des fleurs et des papillons, les mots dansent dans ma tête, je me sens d’humeur poétique.

Elle s’appelle Violette,
A les cheveux arc-en-ciel.
C’est une déesse super chouette
Au regard de miel.
Son rire cristallin
Enchante les cœurs,
Ses immenses mains
Ne sont que douceur.

C’est une montagne solide
À la joie candide
Une princesse loukoum
Au swing poupidoum.

Cette déesse super chouette
Prénommée Violette
Etonnamment, je le conçois,
Fait partie de moi :
Cette géante est ma puissance.
Quel effet d’l’avoir rencontrée !
C’est une deuxième naissance,
La réveiller m’a révélée.

Ma puissance endormie
Et son grain de folie…
Une déesse super chouette
Prénommée Violette.

Oh ! Un gros papillon carré qui danse  devant mes yeux ! Ah, non c’est le dé ! Cinq.

Les escargots et moi

Alors que j’échappe doucement à Chronos qui a fait la loi dans mon emploi du temps de ces quinze derniers jours, j’ai d’abord pensé à laisser tomber la chronique de mardi dernier en cours d’écriture : je reprendrai le fil directement vendredi et puis voilà. Dans un deuxième temps, je me suis dit que je pourrais faire écho à mon côté escargot en partageant un texte d’il y a…  quelques années. Je pourrais même y ajouter une photo ou un paragraphe…

Je me rappelle une photo de Roland Garros sur le site du tournoi. A cette époque j’étais férue de tennis. Cette année-là, le soleil n’était pas de la partie. Il avait plu toute la journée et les terrains étaient restés bâchés. Pas de matchs, pas de spectacles, mais un photographe avait eu l’œil : sur une balle de tennis oubliée au bord d’un court, un escargot. L’image était superbe.

Je me rappelle une bourriche pleine d’escargots repliés dans leur coquille pendue dans la cave. Pendant des jours. Toute une semaine au moins. J’avais prévenu papa que s’il ne s’en occupait pas je les relâcherai, ce que j’ai fini par faire. Je n’avais pas la chanson de Pierre Perret dans la tête comme des années auparavant quand j’avais ouvert la cage des canaris des voisins qu’on gardait pendant les vacances, mais j’aurais pu trouver une variante : « ouvrez la bourriche aux escargots, regardez les reprendre vie dans la pelouse c’est beau… » Papa faisait un peu la gueule, mais moi, j’étais heureuse ! Heureuse de leur avoir rendu leur liberté !

Je me rappelle la même bourriche, quelques années plus tard, remplie consciencieusement par mon frère qui faisait le tour de la cour tous les matins avant d’aller au boulot : les escargots mangeaient ses plantations ? Eh bien, il mangerait les escargots ! J’étais toujours autant écœurée par la bourriche pendue à la cave, mais je n’osais plus libérer ses prisonniers. Sauf un. Un gros qui ne s’était pas encore résigné à rentrer dans sa coquille et qui résistait vaille que vaille, agrippé au grillage. J’ai plongé la main, l’ai attrapé et posé sur la murette qui donne sur le champ derrière chez nous. J’ai évité de descendre à la cave le temps du jeûne de ses congénères. J’ai assisté à la mise au sel. J’ai vu la mousse de leur bave. Je sentais le calvaire silencieux des gastéropodes. C’était insupportable. Depuis, je ne mange plus d’escargots.

Je me rappelle la visite d’un escargot sur le pas de la porte qui m’avait inspiré quelques vers en 2014 :

Un escargot sur le pas de la porte
Quelles nouvelles tu m’apportes ?
Gastéropode cornes dressées
Souhaiterais-tu entrer ?
Vingt degrés en juillet, c’est pas de saison
Tu veux faire un tour dans la maison ?

Tu me trouves trop bavarde ?
Ok, j’arrête mes salades
Tiens je t’en offre une feuille

Je me rappelle d’un poème de Prévert.

Je me rappelle le vieil escargot au milieu de la cour cet été. Il était énorme, la coquille cabossée. Le soir commençait à tomber, je n’ai pas réussi a faire une photo vraiment nette.

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Je me rappelle d’autres photos.

Je me rappelle un escargot tout en haut de la porte-fenêtre à proximité d’une araignée.

Je me rappelle une dame à la radio. Une noble devenue bouddhiste qui aimait les escargots comme d’autres aiment les chiens ou les chats. Elle en avait fait ses animaux de compagnie. Je l’ai trouvée un peu illuminée, mais fort sympathique. Je me rappelle, mais c’est loin, très loin, un air de chanson de Garcimore…

Contemplation

Les Contemplations, c’est Hugo pas Baudelaire…

Oui, bon, d’accord. N’empêche que c’est au poème Correspondances que j’ai pensé en entendant parler de « contemplation » pour la deuxième fois en deux jours. Je me suis dit que ce n’était pas anodin, que ce serait bien d’en tenir compte, qu’il était peut-être temps de dire pouce. Ce mot, contemplation, résonne fort en mon for intérieur. Cet appel à me poser, j’en ressens le besoin vital. D’autant plus quand mon mental me fatigue à s’agiter dans tous les sens. Je sais qu’il fait ce qu’il peut, mais j’aimerais bien réussir à débrancher la prise parfois, revenir à l’ici et maintenant de l’instant présent.

Je me pose quelque part, je ne fais rien et je n’attends rien non plus.

Dixit Patrick Burensteinas, alchimiste, dans une Vibraconférence du Grand Changement. Ah ! J’ai pris des notes sur une enveloppe (j’ai toujours du courrier qui traîne pas loin)… J’y retrouve la chouette inspiration du « un waouh par jour » : s’émerveiller au moins une fois par jour. La nature se prête bien à l’exercice.

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Donc, la Vibraconférence, c’était le bon moment de mardi.

Le lendemain, à l’écoute des Nouveaux chemins de la connaissance qui a pour thème, cette semaine, la consolation, j’entends que la contemplation libère. Nouvel Ah ! admiratif et béat — qui vaut bien un waouh émerveillé. Je trouve un peu d’espace sur l’enveloppe pour noter quelques mots-clés : contemplation et art, le sujet clair-miroir du monde… et surtout je prévois de réécouter l’émission pour relever un extrait de Le Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer lu à l’antenne. Je prévois sans fixer de rendez-vous, évidemment, autant dire que je le ferai un de ces jours… ou pas. N’empêche. Mon mental apaisé a établi un lien avec un poème de Baudelaire :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants.

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

J’en avais oublié le titre, Correspondances donc, mais je me rappelais avoir marqué la page dans le recueil. Je suis allée la relire. Et puis j’ai eu envie ensuite de me plonger dans Les Contemplations de Victor Hugo. Un détour par une librairie et voilà !

J’en cueille une page de temps en temps, au hasard. Moments de grâce. Ici et maintenant. Ce n’est pas l’émerveillement de la contemplation. C’est autre chose. Un autre souffle. L’enchantement de la poésie. Le supplément d’âme de l’art. Une manière de se sentir vivant-e, vibrant-e, allumé-e, pour conclure sur un beau billet de Matin Magique.

C’est le printemps des poètes !

Nous sommes à mi parcours du printemps des poètes dont j’ai manqué le début. Comme j’ai zappé la fête du livre à Bron le week-end dernier — alors qu’initialement je convoitais d’aller y faire un tour. Comme j’ai laissé passer la date de la participation à la semaine de la langue française et de la Francophonie en Rhône-Alpes (mais là, c’est toutes les années la même histoire : je prends connaissance de la liste des dix mots, je me dis que j’ai beaucoup de temps avant moi, et j’oublie consciencieusement le courriel au fond de ma BAL). Bref.

En mars c’est le printemps, le réveil de la nature et des mots. C’est le moment d’écrire poésie.

Ecrire sur ?
Loin de moi l’idée de me lancer dans un essai sur le sujet. Je partagerais bien volontiers une citation par contre, une belle phrase que j’aime bien, transmise un temps sur facebook.
Poésie_ManièreDeVivre
En tapant la phrase dans mon moteur de recherche pour trouver trace de l’origine de la citation, je découvre Yves Bonnefoy. J’irais bien plus loin, mais il n’est pas l’heure d’emprunter un chemin de traverse.

Ecrire un souvenir ?
J’étais en CE2. L’instituteur avait mis à disposition des élèves un casier de poèmes au fond de la classe. Je me souviens tenir en mains ce texte merveilleux de Jacques Prévert, En sortant de l’école. il m’avait enchanté au point que j’avais décidé de l’apprendre, malgré sa longueur : j’ai besoin d’aimer pour fournir des efforts.

Ecrire un poème ?
Jouer avec les mots. Comme Nougaro. Oh ! C’est mettre la barre haut ! Oui, mais c’est tellement beau.

J’aime la vie quand elle rime à quelque chose
J’aime les épines quand elles riment avec la rose
J’aimerais même la mort si j’en sais la cause
Rime ou prose

Ah !
« Je ne suis pas poate assez » a dit Lacan, je crois avoir noté au cours de mes années universitaires. Mais je ne saurais pas en dire plus. Je ne cherche pas à comprendre, je sais seulement que j’aime les jeux de langage.

Ecrire un poème donc. Comme ça. D’un claquement de doigts. Nourri de la douceur printanière et du chant des oiseaux. Laisser venir les mots, laisser couler le flot…

Même pas une goutte.

Le chat miaule derrière la porte. Ok, je le fais rentrer. Il s’installe sur le fauteuil, sans me remercier. Je reprends mon stylo plume qui menace de dessécher… Et si je descendais la barre trop haut ?

Tic-tac de l’horloge.
Je ne me sens pas plus inspirée. J’ai le regret de constater que je ne suis pas assez poète…

Eh Petite Rosette
Arrête le vélo dans la tête
Ecrire en vers ne se décrète
Il faut ouvrir la vanne secrète

Arrêter le vélo dans la tête, certes, certes.
Allo mental, veux-tu bien lâcher les commandes ?… S’il te plaît. T’es tout raide, tout plombé. Détends-toi donc un peu. Allez, relaxe, libère-toi ! Met de la couleur, comme la danseuse sur la photo (dont je ne saurais citer l’auteur…)
Danseuse_peinture
qui illustre très bien une phrase de Jaques Salomé (Vivre avec soi, Editions de l’homme 2003; J’ai lu 2008) :

Soyez les poètes de votre vie.
Osez chaque jour mettre du bleu dans votre regard, et de l’orange à vos doigts, des rires à votre gorge et surtout, surtout, une tendresse renouvelée à chacun de vos gestes.

Et une couleur pour chaque voyelle dirait Rimbaud.
Oh ! Ronds dans l’eau.
Dans l’air, les vibrations sonnent.
Finissons en chanson.

J’aurais voulu être poète
Pour jouer des sonorités
Et faire rimer des mots en fête
Transmettre la joie et la gaieté

Oui, bon.